Anorexie : un jeune sur 20 et ils n’en sortent jamais seuls…
[mis à jour le 20 février 2007 à 10h45]
Christelle avait 14 ans lorsqu’elle a décidé de se mettre au régime. Quoi de plus naturel dans un monde qui idéalise une silhouette féminine toute en longueur et en finesse ? Pourtant quelque chose ne tournait pas rond : Elle ne mangeait plus que de la salade sans sauce, quelques haricots verts, quelques rondelles de courgettes… Elle maigrissait trop mais son entrain et son dynamisme endormaient l’inquiétude. Jusqu’à ce que sa mère remarque que ses règles s’étaient arrêtées. Là, les phrases rassurantes n’ont pas tenu la route : à 14 ans pour sûr, ce n’était pas normal !
Une tronche d’enfer et des cheveux de 70 ans… Le Pr Daniel Rigaud, chef du Service de Nutrition-Endocrinologie au CHU Le Bocage à Dijon, préside l’association « Autrement » qui s’attache à mettre en place « un carnet d’adresses comportant des gens formés, compétents et intéressés, et aptes à la prise en charge de ces malades ». Quand s’alarmer et recourir au professionnel ? « L’anorexie commence quand la perte de poids volontaire dépasse l’objectif (…) et que la peur d’en reprendre s’accentue au fil de l’amaigrissement. Comme quelqu’un qui aurait un découvert bancaire et se mettrait à faire des économies (…) d’électricité, d’eau, d’eau chaude, s’il ne payait plus ses dettes… sans plus considérer son compte en banque. »
… avec un bilan normal ! Une jeune fille peut perdre 10% à 50% de son poids avant les premiers signes vraiment inquiétants. La qualité de la prise en charge est alors essentielle. « La personne à voir en premier, c’est le médecin généraliste. Il connaît mieux que quiconque l’histoire de la famille, ses blessures. » Ce n’est malheureusement pas toujours possible, faute de formation ou de disponibilité. Et puis… la technique trahit le médecin. Lui refuse le secours de ses analyses et la magie de son imagerie. « On voit une fille qui manifestement a une tronche d’enfer, qui à l’air de sortir d’un camp de concentration. Une fille qui d’évidence a perdu la moitié de ses muscles, qui a une peau dans un état indescriptible, des ongles, des cheveux de femme de 70 ans… Eh bien vous faites un bilan sanguin approfondi, et il est quasiment toujours normal. »
Impossible de ne prendre ce genre de malade que par un bout. Il faut attaquer de tous les côtés à la fois ; Associer les approches diététique et nutritionnelle, comportementale et psychothérapeutique ; Des professionnels et des bénévoles. « Un peu comme pour les alcooliques anonymes, les anciens malades s’ils sont formés, c’est vraiment extraordinaire. Ce sont des relais, des intermédiaires entre le malade et sa famille d’un côté, les professionnels de santé dans tous les sens du terme de l’autre. »
En gros, c’est l’Himalaya… Daniel Rigaud aimerait bien « qu’un jour il y ait un médicament ou une intervention chirurgicale. Parce qu’on n’imagine pas la souffrance de ces malades. Et c’est au jour le jour, ça doit être terrifiant à vivre. » En attendant le traitement idéal, c’est un peu l’auberge espagnole. « Il y a des malades qui à un moment donné, sont prêts pour les groupes de parole mais pas pour une prise en charge médicale. A un autre moment ils sont prêts pour une approche diététique, et pas du tout pour une approche en profondeur, psychanalytique ou ne le seront jamais. A un certain moment il faut intervenir sur le comportement, alors qu’à d’autres il faut chercher des pistes en fonction des compétences (et) des désirs des malades. Pour les resocialiser et leur redonner confiance par rapport à eux-mêmes et à leur corps : l’expression théâtrale, la musique, la danse… »
Un parcours très complet ! Un effort de longue haleine. « En gros c’est l’Himalaya », explique-t-il avec un humour grinçant. « Il n’est pas sûr qu’en chemin on ne perdra pas un doigt, ou quelque chose, ou ses espérances… » Alors oui dans ce parcours « il y a beaucoup de défaites mais aussi des petites victoires ; oui la rechute est possible et c’est même la règle. Mais les malades atteintes d’anorexie mentale (…) quand elles guérissent, guérissent complètement. » Un vrai message qu’il faudrait ne jamais oublier, pour quand la chose arrive…
Questions et réponses...
- Fille ou garçon ? Le rapport est de 5% de garçons et 95% de filles. Gardez-vous des explications toutes faites. Appliquées de façon aveugle, elles peuvent vous faire passer à côté d’un enfant sans vous apercevoir qu’il ou elle est en danger. Et un enfant peut ‘avoir l’air’ bien dans sa peau et chercher désespérément à réduire son schéma corporel à sa plus simple expression.
- Ce qui doit vous alerter : Quand votre enfant dépasse son objectif annoncé de perte de poids et que sa peur de reprendre du poids continue d’augmenter, demandez-vous pourquoi. Quand son amaigrissement n’est pas sous-tendu par un objectif de séduction, quand il ne réduit pas seulement son poids corporel mais cherche aussi à restreindre son environnement social et son cercle d’amis, parlez-en à votre médecin traitant, à d’autres parents, à une association…
- Les erreurs à éviter : ne prenez pas les choses à la légère. Non, « ça ne va pas passer tout seul » ! Et non, vous n’y arriverez pas sans aide. L’anorexie mentale est un enfer qui dure longtemps. Mais dont on peut sortir complètement, quand elle est traitée assez tôt et avec tous les moyens disponibles.
- Le choix d’une filière : Pas d’adresse magique ! S’occuper d’anorexiques, c’est un investissement personnel considérable. Il faut donc un chef de service particulièrement volontaire… Choisissez une structure disposant de tous les professionnels dont vous aurez besoin au fil de l’évolution : médecin nutritionniste, psychologue, psychomotricien, diététicien… sans oublier les bénévoles qui font le pont entre parents, enfant et professionnels.
- http://www.boulimie.com/fr/index.html
- http://www.anorexie-boulimie.com/
- http://www.ifrance.com/anorexie/
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