Antibiorésistances : la France toujours plus concernée
Parti de certains hôpitaux du sud-est asiatique, le gène d’antibiorésistance NDM-1 qui avait suscité de vives inquiétudes l’été dernier, se propage toujours à travers le monde. Qu’en est-il en France ? Le point avec le Pr Patrice Nordmann. Depuis son Unité de Recherche INSERM « Résistances Emergentes aux antibiotiques » du CHU Bicêtre (Le Kremlin-Bicêtre, 94), ce spécialiste coordonne la lutte au niveau national.
A l’échelle mondiale, « nous observons toujours une lente et progressive diffusion de cette souche NDM-1 », nous explique-t-il. « Les réservoirs se trouvent principalement en Inde, au Pakistan et au Bangladesh. Mais nous avons récemment identifié des réservoirs secondaires. Au niveau notamment des Etats baltes ».
En Europe, la Grande-Bretagne paraît toujours particulièrement touchée. « Nous y avons en effet constaté la survenue de plusieurs épidémies hospitalières », poursuit Patrice Nordmann. « Il s’agit en fait de cas groupés au sein d’un même établissement. Dans la majorité des cas, ils concernent des patients qui avaient été (au préalable) hospitalisés dans ces pays réservoirs. A l’exception toutefois de certains patients qui auraient été infectés par d’autres vecteurs, alimentaires notamment ». Cette hypothèse reste toutefois à confirmer.
En France, NDM-1, mais pas seulement…
En France, 10 cas positifs à NDM-1 ont été identifiés ces derniers mois. Ce gène d’antibiorésistance inquiète le Pr Nordmann et ses collègues bien sûr. Mais il semble que l’Hexagone soit davantage touché par certains « cousins de NDM-1 ». Il cite ainsi l’entérobactérie OXA-48. Elle aurait déjà été retrouvée « chez 50 à 100 patients ».
Cette fois-ci, les réservoirs se situeraient plutôt dans des pays d’Afrique du Nord et en Turquie. Un article récent publié dans The Journal of Antimicrobial Chemotherapy rapporte notamment deux cas de Français positifs à OXA-48. Les patients en question avaient été hospitalisés au Maroc, à Fes et Agadir.
Depuis ce 1er avril, une stratégie est en place pour limiter le risque de flambées épidémiques dans les hôpitaux français. « Tous les patients hospitalisés à l’étranger et transférés dans un établissement français sont systématiquement soumis à un test de dépistage aux bactéries multirésistantes ». Entre 10 000 et 15 000 patients sont potentiellement concernés chaque année.
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