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9 février 2012


Développement durable :La cécité des rivières éliminée d’Afrique intertropicale

[26 septembre 2002 - 00h00]
[mis à jour le 7 mai 2007 à 09h08]

Cela grâce à une coopération originale entre 4 agences des Nations unies, 13 ONG et les gouvernements d’une trentaine de pays… Grâce aussi au programme de donation du seul médicament efficace contre ce fléau, soutenu depuis 15 ans par son fabricant. Depuis 1987, 250 millions de doses de ce médicament ont été distribuées. Résultat ? Comme l’explique le Dr Noma Mounkaila de l’OMS, « tous les enfants nés à partir de 1974 ne sont plus aveugles. Les terres que les populations avaient fuies ont été recolonisées, des paradis agricoles ont été instaurés. On y fait de l’agriculture mais aussi de la pisciculture et de l’électricité… »

Il y a 2 ans, l’onchocercose était encore la 2ième cause infectieuse de cécité dans le monde.

Il y a 2 ans, l’onchocercose était encore la 2ième cause infectieuse de cécité dans le monde. Elle est provoquée par un ver transmis d’homme à homme par la piqûre d’une petite mouche qui vit près des rivières, la simulie. Ses larves se développent dans les cascades et rapides, d’où son nom de cécité des rivières… Mais la maladie entraîne aussi des lésions cutanées et affecte dramatiquement la qualité et l’espérance de vie. Endémique dans 36 pays dont 30 en Afrique sub-saharienne et au Yémen, elle menace directement 120 millions de personnes !

La principale méthode de lutte consiste à interrompre le cycle des larves. En élimant les simulies par épandage d’insecticides ou par des médicaments actifs contre les larves, chez l’hôte humain. Car le parasite peut vivre chez l’homme pendant 14 ans ! Si aujourd’hui le réservoir de la maladie a pratiquement disparu dans les 7 pays où fut lancé le programme OCP, c’est grâce à l’action conjuguée d’épandage et de traitement des populations. Et grâce au fait comme le souligne l’OMS, qu’en 1987 « le fabricant de l’ivermectine Merck and C°, s’est engagé à fournir gratuitement les quantités de médicament nécessaires, aussi longtemps qu’il faudrait pour éliminer l’onchocercose comme problème de santé publique. »

Découverte dans un laboratoire aux Etats-Unis, l’ivermectine s’est révélée à la fin des années 80 comme un médicament administrable par voie orale extrêmement intéressant et d’action durable, au point qu’on pouvait traiter une seule fois par an. « C’était presque un miracle (et) par définition le médicament adapté à un traitement de masse dans des pays en voie de développement où l’on a peu de structures médicales, » explique le Dr Philippe Gaxotte, un acteur des premiers jours. Enregistrée pour la première fois en France sous le nom de Mectizan, cette substance dont les populations concernées ne pourraient acquitter le prix est offerte à l’OMS.

Un groupe indépendant d’experts - spécialistes en parasitologie, médecine tropicale et santé publique - est fondé en février 1988 pour piloter le programme. Les donations commencent en octobre et 10 ans plus tard, le 100 millionième traitement est distribué en Ouganda. Le mois dernier à Bombani, petit village tanzanien, le président de Merck et le vice-président de Tanzanie remettent la 250 millionième dose…

Impliquer personnellement les individus...

D’habitude, les choses sont moins solennelles… Les villageois eux-mêmes sont responsables de la distribution. Dans le domaine de la prévention de masse, il est essentiel d’impliquer personnellement les individus. Le Dr Jeff Jacobs, manager du programme de donation, est en prise directe avec les 109 000 distributeurs qui en assurent la bonne marche ! « Chaque village détermine sa façon de procéder. Ils choisissent deux, trois, quatre distributeurs communautaires… Ils décident comment ils vont faire ça : sous un arbre ou pendant deux jours de porte en porte. C’est à eux de voir. »

Mais le groupe d’expert du programme s’assure que tous les aspects de la distribution sont bien maîtrisés ! Que les populations sont recensées, suivies dans le temps, que les opérations sont coordonnées entre les agences des Nations unies, les ONG, les autorités locales… Et chaque année des dizaines de millions de personnes reçoivent une dose. Philippe Gaxotte « n’a jamais vu un programme de médecine tropicale qui marche aussi bien » ! Avec un enthousiasme réel des populations, qui rétablissent leurs pratiques agricoles traditionnelles et reconquièrent leur autonomie alimentaire.

Le Sommet de Johannesburg sur le Développement durable vient de clore ses travaux. Dans une déclaration conjointe le 10 septembre dernier Mary Robinson, Haut Commissionnaire des Nations unies aux Droits de l’homme et Peter Piot, Directeur exécutif de l’ONUSIDA, ont réaffirmé l’ancrage des principes des droits de l’homme dans la riposte contre la pandémie de VIH.

Dans ce contexte, l’engagement renouvelé de Raymond V. Gilmartin, président de Merck and C°, revêt une signification particulière. A ses yeux, « du fait même de son engagement dans le secteur de la santé et compte tenu que c’est un facteur essentiel de développement économique et social, nous estimons avoir l’obligation d’aller au-delà de notre effort de recherche. La fourniture du Mectizan a un impact fort en termes de développement économique. Ici sur le terrain, en parlant avec les responsables, nous réalisons que nous allégeons des souffrances, mais aussi que nous libérons les individus et leur permettons de mener une existence plus productive. »

VIH SIDA, polio et tuberculose : ce ne sont pas les projets qui manqueraient...

On est frappé de la différence de comportements d’un continent sur l’autre, selon qu’il s’agit de voir s’engager ici un gouvernement ou là une entreprise. L’aide au développement doit-elle relever des seuls états ? Il est plus réconfortant de voir les acteurs économiques s’engager dans la voie de la coopération, en relation directe avec les institutions et les communautés sur le terrain. « J’ai entendu plusieurs membres de l’administration Bush évoquer l’infection à VIH SIDA comme un obstacle au développement économique », reconnaît Raymond Gilmartin. « Je suis persuadé que le gouvernement américain comprend la relation entre la lutte contre le VIH et l’aide au développement. En fait, je pense que les différences entre nos pays se situent pour l’essentiel dans leur approche du problème, pas dans l’intérêt qu’ils lui portent. »

En outre, ce type d’action est cohérente avec l’idéal capitaliste ! Car « nos actions avec la Fondation Bill and Melinda Gates et la République du Botswana pour une politique intégrée de prévention et de prise en charge du VIH SIDA n’a occasionné aucune réaction négative de la part du public. Notre compagnie est respectée pour ses efforts visant à favoriser l’accès aux médicaments qu’elle a découverts. A nos yeux, c’est même une force particulière que nous présentons comme telle à nos actionnaires. »

Quant à Bjorn Thylefors, ancien Directeur des Programmes de Prévention ophtalmologique à l’OMS et aujourd’hui engagé dans cette action, il s’affirme convaincu que « ce type de partenariat (…) est appelé à se répandre. Des groupes se créent depuis quelques mois : on a donc Merck avec le programme Mectizan, GlaxoSmithKline avec la donation contre la filariose lymphatique, Pfizer avec la lutte contre le trachome, Novartis contre la lèpre, on va voir probablement Boehringer-Ingelheim se joindre à la lutte contre le SIDA… »

En Afrique, bien des observateurs veulent voir dans cette coopération une ‘maquette’ pour d’autres défis. Il faut dire aussi qu’entre le VIH SIDA, la polio et la tuberculose dont les formes multi-résistantes n’en finissent pas de réapparaître, ce ne sont pas les projets qui manqueraient…

Source : de notre envoyé spécial en Tanzanie

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