HTA, diabète, cholestérol : les assassins de l’ombre
[mis à jour le 14 juin 2007 à 14h14]
Après 20 ans, une personne sur six souffre d’HTA et une sur trois a trop de cholestérol ! Quant au diabète, le nombre de ses victimes dans le monde explose. Sans oublier les autres coupables connus : tabagisme, surpoids, obésité et sédentarité. Vingt millions de Français sont concernés par un danger qui « ne se limite pas aux infarctus du myocarde mais englobe les AVC, l’artérite et tout ce qui a trait au cœur et aux vaisseaux … » rappelle le Pr Pierre Amouyel, au CHU de Lille.
Pour le Dr Pascale Benlian, de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, « le cholestérol est une molécule à double face : composant indispensable à la vie, c’est une graisse. Il a besoin d’être transporté dans le sang ou le liquide qui baigne nos cellules. Un milieu qui n’aime pas les graisses. » Dans une vinaigrette, l’huile et le vinaigre ne se mélangent pas : C.Q.F.D.…
Le cholestérol est véhiculé dans le sang par des protéines particulières, les lipoprotéines. Il y en a deux types : les LDL apportent le cholestérol aux cellules tandis que les HDL vérifient si elles n’en ont pas trop. Dans ce cas comme des éboueurs, elles le rapportent au foie pour l’éliminer. D’où leur surnom de « bon » cholestérol. Mais « quand les LDL apportent le cholestérol comme de gros camions, les HDL l’éliminent comme de simples camionnettes. Il en faut donc des multitudes pour compenser. » D’où la formation des dépôts de graisse dans les artères…
Pour se défendre, l’organisme envoie des macrophages qui se gavent de cholestérol pour faire le ménage… et en meurent ! D’autres viennent ramasser le cholestérol restant et les cadavres… et subissent le même sort. Le tout provoque une inflammation et la formation de plaques sur la paroi artérielle.
Les crabes et les saumons aussi…
Quand la paroi artérielle souffre trop, elle s’épaissit et forme un caillot : c’est l’accident vasculaire, cardiaque ou cérébral. « Le cholestérol » poursuit le Dr Benlian « est un ennemi silencieux. Cela peut durer des années mais le scénario est toujours implacable. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à souffrir de ses méfaits : les crabes, les saumons ont de l’athérosclérose, tout comme les oiseaux migrateurs. »
Même sans excès il peut donner de l’athérosclérose. « La notion la plus importante qui se dégage de l’étude HPS est qu’il faut prendre en compte le risque cardiovasculaire plus que la concentration de cholestérol elle-même » souligne le Pr Amouyel. Cette étude – la Heart Protection Study – a été menée à la demande de la Sécurité sociale britannique pour évaluer l’efficacité d’un traitement au long cours par la simvastatine, qui avait inauguré voici plus de 15 ans la génération des anticholestérol actuels. Etude concluante, montrant qu’après 5 ans de traitement quotidien « la simvastatine apporte une réduction globale du risque vasculaire de 24%., (…) quel que soit le niveau initial de LDL-cholestérol. »
Contre l’hypertension, impunité zéro !
Le deuxième de la bande, c’est l’HTA. Votre médecin mesure systématiquement votre tension. Si les chiffres dépassent 14/9, il y a hypertension. Les premières mesures concernent la diététique et l’hygiène de vie : exercice, perte de poids, baisse de la consommation de sel… Souvent, c’est loin de suffire.
Au début des années 60, les béta-bloquants ont été les premiers véritables anti-hypertenseurs. « Ils préviennent l’infarctus et l’hémorragie cérébrale (et depuis lors) différents types de substances leur ont été comparés », explique le Pr Pierre Amarenco (Hôpital Bichat de Paris) : « des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), des inhibiteurs calciques, diurétiques, béta-bloquants et plus récemment des inhibiteurs des récepteurs de l’angiotensine II - les sartans -. »
L’étude LIFE , comparant un sartan au béta-bloquant de référence, l’aténolol, a démontré pour la première fois une remarquable prévention cardiovasculaire, en particulier des AVC. Pour ce neurologue vasculaire, « (son) intérêt est d’avoir démontré qu’il n’y a pas seulement un effet par diminution de la pression artérielle. Il semble qu’il y ait d’autres mécanismes de protection, liés au médicament lui-même. » Et pourtant, trop de malades laissent l’hypertension menacer leur survie. Par négligence, défaut de surveillance ou refus de se soigner.
Diabète : l’explosion
Le diabète de type 1 – insulinodépendant - apparaît chez l’enfant ou l’adulte jeune. Celui du type 2 correspond aux sujets âgés et représente 80% des cas ! On l’appelait autrefois diabète « gras », tant il est lié au surpoids et à l’obésité. Notre sédentarité croissante fait exploser le nombre de diabétiques : ils étaient 30 millions en 1985, l’OMS en attend … 300 millions en 2025 !
Il est grave par ses complications. Dans la population générale, le risque d’infarctus sur 7 ans n’excède pas 3,5%. En cas d’antécédents cardiaques il atteint 18,8% mais chez les diabétiques, le risque de base passe à 20% et… 45% s’il y a des antécédents cardiaques !
Or en France, 800 000 diabétiques ignorent leur état. Pour le Pr Amouyel, « pratiquement 30% des coronariens sont diabétiques. Le cardiologue (doit donc) considérer le diabète avec les autres facteurs de risque : cholestérol, HTA, obésité. En montrant que la prise de simvastatine réduisait significativement le risque chez les diabétiques, l’étude HPS menée pour le gouvernement britannique laisse entrevoir les bénéfices que l’on peut en attendre. »
Ce qui est vrai pour le cholestérol l’est aussi pour la tension : l’étude LIFE – déjà citée - a montré une réduction de 39% de la mortalité chez les diabétiques, bien supérieure aux 25% obtenus chez les non-diabétiques !
Parce que 25% d’entre eux ont moins de 75 ans. Gérard de Pouvourville, économiste de la santé à l’INSERM, explique que la France enregistre chaque année « 73 000 hospitalisations pour infarctus. Et 130 000 pour angine de poitrine. La prise en charge d’un infarctus à l’hôpital revient à plus de 7 600 € et au total, ces derniers coûtent 2 milliards par an. » Moins médiatisé, l’AVC fait aussi beaucoup de dégâts : il y en a près de 150 000 par an et si 20% à 25% des victimes meurent dans le mois, les autres souffrent de handicaps lourds. Qui affectent 220 000 personnes en France avec une espérance de vie de 7 ans.
Quelques définitions
- Hypertension : Le premier chiffre de votre tension traduit la pression systolique, lorsque le cœur se contracte et propulse le sang dans les artères. Le second, la pression diastolique quand il se relâche et se remplit. La tension doit être inférieure à 140/90 mm de mercure. Au-delà c’est l’hypertension. Chez un diabétique en revanche, le maximum acceptable ne dépasse pas 140/80 mm.
- Cholestérol : un taux de cholestérol supérieur à 2,2 g/l est jugé excessif.
- Diabète : est considérée comme diabétique toute personne dont la glycémie – taux de glucose dans le sang -est supérieure à 1,26 g/l lors de deux prises successives à jeun.
Et pour en savoir plus : Fédération française de Cardiologie, http://www.fedecardio.org, Association française des Diabétiques, http://www.alfediam.org, OMS http://www.who.int/ncd/dia/ et Ministère de la Santé : http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/36_diabet.htm et http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/cardio.pdf
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