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8 février 2012


Histoire d’os…

[30 juillet 2005 - 00h00]
[mis à jour le 30 novembre 2006 à 08h38]

L’architecture de notre corps s’organise autour de sa charpente osseuse. Mais il ne s’agit pas d’une structure fixe et définitive comme on pourrait le penser. Nos os évoluent tout au long de la vie, gardant les traces de certains événements. Notre squelette est vivant ! Et s’il nous permet de nous tenir debout, il a également d’autres fonctions plus inattendues et essentielles à notre santé.

Tout commence très tôt… Dès la 4ème semaine de grossesse les premiers points d’ossification apparaissent sur la future colonne vertébrale de l’embryon. D’où le qualificatif de vertébré dont l’être humain a hérité. Cependant jusqu’à la 6ème semaine, le squelette du foetus n’est encore que du cartilage. Il s’agit d’un tissu certes résistant mais élastique, qui contient une grande quantité d’eau. D’où son aspect presque translucide. Ce cartilage dit de conjugaison est spécifique à l’enfant.

Son rôle à ce stade, sera de séparer le corps de l’os (la diaphyse) de son extrémité (l’épiphyse) pour permettre sa croissance en longueur. Peu à peu il sera remplacé par de l’os dur, à mesure que l’enfant grandira. Chez l’adulte, une autre sorte de cartilage persiste. Dans le pavillon de l’oreille et le nez par exemple. Au niveau des articulations où le tissu cartilagineux facilite la rotation des os. Grâce à sa souplesse et à son aspect lisse, ce cartilage fait office de « tampon » entre les éléments osseux, évitant leur usure.

La croissance du squelette est régulée par une hormone secrétée par l’hypophyse. Lorsque les os sont arrivés à maturité, leur centre s’évide. La moelle, entourée d’une couche d’os spongieux, s’y installe. Pour protéger le tout, l’extérieur se compose d’un enrobage d’os compact plus dur.

L’ossification nécessite différents éléments. Le plus connu est le calcium. Il assure la dureté et la solidité des os. Il est transformé en phosphate de calcium, un composant minéral qui représente 65% de l’os achevé. D’où l’intérêt d’avoir, tout au long de la vie et pendant la grossesse, une alimentation riche en calcium.

L’équilibre, dans tous les sens du terme !

Le squelette humain est composé de 206 os. Ils nous permettent de tenir debout, mais aussi de protéger nos organes les plus fragiles comme le cerveau et les poumons. Plus leur nombre est important, plus notre dextérité est grande. C’est le cas pour la main, qui contient 26 petits os. Reliés entre eux et commandés par les muscles et tendons, ils nous donnent une grande liberté de mouvements et un bon équilibre sur nos pieds.

Les os exercent également un rôle chimique. Car ils contribuent à détoxifier l’organisme. Les vaisseaux sanguins qu’ils contiennent permettent d’éliminer certains métaux lourds. La moelle contenue dans certains os (l’humérus, le fémur, les os plats du crâne, les vertèbres, les côtes, le sternum et la hanche), produit les cellules sanguines : globules rouges, globules blancs et plaquettes. En cas d’anémie par carence en fer, la moelle ne produit plus suffisamment de globules rouges et c’est alors que s’installe une fatigue chronique, puis d’autres troubles.

Ce n’est pas tout ! Nos os fonctionnent comme des réservoirs : 99% de la masse du calcium de l’organisme est concentrée dans le squelette. Le corps utilise cette réserve par résorption, selon ses besoins. Car le calcium est nécessaire à la contraction de nos muscles, à la transmission de l’influx nerveux et à la coagulation du sang. Pour cela, un recyclage permanent s’effectue.

Des cellules creusent l’os ancien pour prélever du calcium, d’autres cellules remplacent les manques par du tissu neuf qui va se calcifier. Un équilibre qui est régulé par la vitamine D et les hormones, comme l’hormone de croissance, la calcitonine et la parathormone. Les hormones sexuelles, elles, freinent la dégradation osseuse.

Attention : tissu vivant !

Lorsque les besoins en calcium sont accrus, l’os fournit la partie que l’alimentation ne suffit pas à couvrir. C’est ce qui se passe par exemple, pour la femme enceinte ou allaitante. Sa densité osseuse se trouve alors momentanément affaiblie. Mais après le sevrage de l’enfant, les os retrouvent une densité normale en quelques mois.

L’os est un tissu vivant, en constants remaniements selon les périodes de la vie. Les spécialistes parlent d’ailleurs de tissu osseux. Il est constitué d’eau pour un quart de son poids, de matières organiques (notamment l’osséine, une protéine) et de sels minéraux (calcium, phosphore, magnésium). On y trouve aussi du fluor, du chlore et du potassium en petites quantités.

Il contient aussi des nerfs et des vaisseaux sanguins. Ces derniers transportent les nouveaux globules rouges vers tout le reste de l’appareil circulatoire. Ils assurent également la nourriture de l’os en calcium et en vitamine D.

Même après avoir atteint sa maturité, le squelette ne reste pas le même tout au long de la vie. Entre 25 et 35 ans notre capital osseux est à son apogée. Mais il peut y avoir de grandes variations suivant la vie que nous menons. Le tabagisme par exemple, diminue l’absorption du calcium. Il accélèrerait donc la perte osseuse, représentant un facteur de risque d’ostéoporose.

La pratique régulière d’un sport augmente la masse osseuse. Au contraire, une longue période d’inactivité va la diminuer. En cas de fractures, l’os lésé procède à une réparation autonome en re-déposant une couche de substance osseuse. Pour faciliter et orienter correctement cette recalcification, on pose un plâtre sur le membre cassé, après avoir « réduit » la fracture. En d’autres termes, après avoir remis les morceaux d’os en place soit manuellement, soit chirurgicalement… Ainsi immobilisé, l’os va se ressouder correctement.

C’est la baisse de production des hormones sexuelles, par les testicules chez l’homme et les ovaires chez la femme, qui signe le déclin de la masse osseuse. Lorsque nous vieillissons en effet, un déséquilibre apparaît. Le processus de résorption de l’os se poursuit sur un rythme qui va s’accélérant, tandis que la reconstruction se trouve ralentie. Voilà pourquoi les fractures se consolident beaucoup plus lentement chez une personne âgée que chez un adolescent !

Quand il y a un os, il existe des solutions

Avec l’âge, les réserves osseuses de calcium ont tendance à s’épuiser. A partir de la ménopause, la perte osseuse est multipliée par 10. Le squelette n’étant plus protégé par l’activité hormonale, sa densité diminue progressivement : c’est l’ostéoporose. Une maladie qui frappe quatre femme sur dix. L’os perd ses qualités, il devient plus fragile et peut se fracturer. A l’occasion d’un choc minime et même, parfois, spontanément.

Les parties du corps les plus affectées sont le poignet, les vertèbres et la hanche. Plusieurs signes doivent vous alerter. Si votre mère a été victime d’une fracture ostéoporotique, si vous avez eu une ménopause précoce, si vous avez pris durant 3 mois au moins un médicament à base de cortisone, si vous observez une diminution de votre taille de plus de 4cm et bien sûr, si vous êtes victime d’une fracture qui ne se justifie pas par un choc très violent…

Après avoir vu sa mère perdre son autonomie à cause de fractures liées à l’ostéoporose, Guy Marchand, acteur et chanteur célèbre, se bat bénévolement aux côtés des femmes contre cette maladie. Président d’honneur de l’association Fracto Sud (association de prise en charge de l’ostéoporose dans le Vaucluse), il ne veut plus voir les femmes se briser comme du cristal, pour un rien : « Parce que le squelette, c’est l’élégance des femmes. Elles doivent pouvoir conserver leur démarche et leur maintient même avec l’âge ».

C’est une question de dignité, mais aussi un enjeu vital. Car les conséquences de ces fractures sont souvent dramatiques : souffrance physique et morale, handicap, perte de taille, diminution de la capacité pulmonaire mais surtout décès. La maladie réduit de 10 ans l’espérance de vie !

Heureusement, ce n’est plus une fatalité. Pour dépister l’ostéoporose ou simplement le risque de voir la maladie se déclarer, nous disposons de l’ostéodensitométrie. C’est un examen simple, indolore mais… toujours pas pris en charge par l’assurance-maladie en France !

Des traitements efficaces permettent de stopper ou de limiter la perte osseuse, mais aussi de renforcer la qualité de l’os pour éviter les fractures. Et ce, dès que la maladie s’installe. Car comme le rappelle Guy Marchand : « Le danger commence tôt. Il faut anticiper ». Il a raison. Les os peuvent nous donner de multiples occasions de souffrir. Et de souffrir vraiment, car le tissu osseux est parcouru de fibres nerveuses et de vaisseaux sanguins.

De bons os, avant le berceau !

L’avenir se prépare dès les premiers jours de la vie et même bien avant ! Pour donner un bon départ à Bébé, la femme enceinte doit respecter certaines règles comme avoir une alimentation riche en calcium et naturellement, proscrire le tabac ! En effet, il est démontré que les enfants de mères fumeuses présentent un déficit de croissance d’environ 1,5 cm et un capital osseux plus faible.

Pour une bonne ossification, l’allaitement maternel est vivement conseillé par l’OMS, au moins pendant les 6 premiers mois. Car si le calcium du lait maternel n’est pas présent en grande quantité, il est en revanche mieux absorbé par l’organisme du nourrisson : 67% contre 25% pour le lait de vache !

Par la suite, une alimentation riche en calcium et en sels minéraux permettra de conserver des os solides. Le calcium se trouve principalement dans le lait et les produits laitiers. Mais il est aussi présent dans l’eau minérale, les amandes, les fruits et légumes, les sardines… Voilà pourquoi une alimentation variée est essentielle ! Le grand air et le soleil (sans excès) aideront à synthétiser la vitamine D qui est indispensable à la fixation du calcium sur les os.

Plus tard, veillez à ne pas faire marcher votre enfant trop tôt. Son squelette encore immature prendrait des appuis qui risqueraient d’entraîner certaines déformations en grandissant. Entendons-nous : si Bébé est précoce et fait des efforts pour marcher, il ne s’agit pas de l’en empêcher ! Cependant, ne le forcez pas à se tenir sur ses jambes avant un an s’il n’en éprouve pas l’envie.

La pratique d’un sport, de façon modérée et régulière, permet d’améliorer le système cartilagineux et la charpente osseuse. Elle prévient l’apparition de l’arthrose. Et un sport « de charge » favorisera la formation d’os et augmentera le capital osseux. Préférez le vélo, la natation, l’aquagym, le stretching, la marche et la musculation. Il y en a pour tous les goûts !

Bref c’est tout bon… mais avec mesure tout de même. Une pratique trop intensive et violente risque d’entraîner des lésions du cartilage. Pire : poussé à l’extrême comme chez les sportives de haut niveau, l’entraînement va bloquer la production hormonale. Il y a donc arrêt des règles et, quelques années plus tard, le risque d’une ostéoporose. Ce sont les fameuses « fractures de fatigue » de nos sportives… Respectez ces quelques règles simples, vous conserverez de bons os, à chaque âge. Alors ne vous privez pas ! Parce qu’un squelette en bonne santé, ça s’entretient…


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