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9 février 2012


Journée mondiale sans tabac : Les non-fumeurs demandent une trêve …

[31 mai 2001 - 00h00]
[mis à jour le 25 mai 2007 à 11h37]

Aujourd’hui tout le monde fume, même à son corps défendant ! Savez-vous que les non-fumeurs absorbent quotidiennement jusqu’à 2 cigarettes par inhalation de la fumée environnante ? La moitié des enfants dans le monde, soit près de 700 millions, respirent un air pollué par la fumée des autres. Il y a pourtant des lois censées les protéger.

Il ne s’agit pas seulement de confort ou d’élémentaire courtoisie. Les chiffres sont formels : le tabagisme passif tue. Après une recherche de 10 ans menée dans 7 pays par 12 équipes différentes, le Dr Paolo Boffetta du Centre international de Recherche sur le Cancer de l’OMS, à Lyon, a prouvé le danger du tabagisme passif. Le risque de cancer du poumon est augmenté de 16% chez les non-fumeurs qui vivent avec un fumeur ou une fumeuse... Et l’exposition passive au tabac sur le lieu de travail augmente ce risque de 17%.

La fumée est partout…

Le tabagisme passif provoque chaque année 2 500 cancers du poumon en Europe, 3 000 aux Etats-Unis. Dans ce pays, 60 000 personnes meurent chaque année d’une maladie cardio-vasculaire. Et en France, ces victimes sont au nombre de 3 000 par an.

La fumée est partout. Dans les gares, les aéroports, les administrations, les entreprises privées, les restaurants, les cafés et même les hôpitaux et les écoles. Pourtant notre pays dispose depuis 10 ans d’une législation qui devrait l’empêcher. Depuis 1991 en effet, la loi interdit de fumer dans tous les lieux à usage collectif. Mais comme le souligne un rapport d’évaluation remis en octobre 1999, son degré d’application est… très variable. Conséquence : une grande majorité des établissements se retrouve purement et simplement hors-la-loi.

La chose ne passe pas inaperçue. Dans un entretien à une revue professionnelle, le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l’OMS, a gentiment épinglé le gouvernement français... « Si la loi Evin a été votée c’est qu’elle répondait à une nécessité, » souligne-t-elle avec à propos. « Il est tout à fait concevable de donner quelques années aux restaurateurs pour s’adapter aux contraintes de ces textes. En revanche il n’est pas acceptable que cette loi ne soit pas appliquée dans certains hôpitaux, par exemple. La France est une démocratie. Si son gouvernement et son Parlement assument leur responsabilité politique, ils doivent veiller à la stricte application des lois qu’ils adoptent ».

A ce jour, l’apostrophe est restée sans réponse... Le Professeur Maurice Tubiana, Vice-président de l’Académie nationale de médecine et spécialiste reconnu de la question, parle de laxisme. « C’est malheureusement un travers français que de voter des lois excellentes et ensuite de ne pas les faire appliquer. Nous avons le sentiment d’être entendus par les niveaux les plus supérieurs du Ministère de la Santé. Mais ensuite, nous avons l’impression que la bonne volonté se dilue aux échelons opérationnels. Il y a une certaine timidité, une certaine peur de se retrouver engagé dans des controverses. Et on préfère fermer les yeux que d’engager des combats. »

Combat ? Le mot n’est pas trop fort. Il se justifie pleinement à l’hôpital, où contre toute attente le tabagisme est largement toléré. Gro Harlem Brundtland l’a d’ailleurs bien souligné...

… y compris dans les hôpitaux !

La situation est assez désastreuse. En une heure dans l’un des grands CHU français, il devient évident que les halls d’accueil sont autant de fumoirs. Les malades restent à côté d’énormes cendriers manifestement placés là à dessein. Pour passer le temps, comme ils disent. Ils ne se cachent pas.

D’ailleurs, médecins et infirmières font de même. Et tous regardent les malades qui sortent du bloc opératoire et défilent sur leurs brancards pour rejoindre le service d’hospitalisation. Ce n’est pas tout : plus ou moins tacitement, la cigarette est admise jusque dans les chambres. Ce malade, que nous appellerons simplement Jean, en a fait la triste expérience : « Mon voisin fumait des cigarettes, de l’herbe, de la marijuana. J’en ai parlé plusieurs fois à des responsables. Ils étaient surpris, mais n’ont jamais rien fait ».

Le Professeur Tubiana est furieux, mais pas dupe de la situation de certains services. « Il est absolument inconcevable que dans les hôpitaux, il y ait encore des fumeurs, quelquefois même des médecins. Ceci est inadmissible et doit cesser. »

Certains directeurs d’hôpitaux ont conscience de la situation. Plus de 50% d’entre eux adhèrent à une charte née en 1996 : le Réseau « Hôpital sans tabac ».

Dans ce cas, pourquoi ne pas mettre en place aussi des « Ecoles sans tabac » ? Car il y est plus que jamais présent. Gérard Dubois, président du Comité national contre le Tabagisme, le CNCT, dénonce ce scandale ! « La seule administration qui en dix ans n’ait pas encore trouvé le temps d’écrire une circulaire d’application, c’est l’Education Nationale, ce qui est un comble. »

Maurice Tubiana est naturellement du même avis, inquiet pour la santé de nos enfants. « Des professeurs, des surveillants fument ouvertement dans plus du quart des établissements scolaires. Ceci est inadmissible car cela donne un mauvais exemple aux élèves, qui généralement fument aussi dans ces établissements ».

Les plus jeunes en paient le prix !

En 1995, les observatoires de santé ont mené une enquête dans six régions. A cette époque, un élève sur deux, un surveillant sur deux et un professeur sur cinq fumaient dans l’enceinte même des établissements. Voilà sans doute une des raisons pour lesquelles 3 % des enfants de 12 ans fument. A 19 ans, ils sont plus de 50%. Quant aux filles, à 17 ans 80% d’entre elles ont déjà expérimenté le tabac. Et 40,2% fument quotidiennement.

Les autres subissent les dangers liés à la fumée de leurs camarades, de leurs parents, de leurs enseignants. Les plus jeunes en paient le prix : otites, rhino-pharyngites, bronchites, pneumonies, déclenchement ou aggravation d’un état asthmatique…

Tout comme les hôpitaux et les établissements scolaires, les entreprises peinent à appliquer la loi. Aux termes d’un décret de 1999, elles ont pourtant obligation d’assurer la protection des non-fumeurs. Notamment en aménageant des endroits clos pour les fumeurs. Mais sur le terrain, les « fumoirs » sont plus généralement des couloirs ou des pièces mal aérées. La loi Evin est respectée dans seulement la moitié des… entreprises

Vous êtes non-fumeurs ? Vous ne supportez plus la fumée au travail ? Le CNCT peut vous représenter en préservant votre anonymat. A la Poste de Rouen, une salariée a remporté le procès qui l’opposait à ses directeurs. Chacun a dû payer une amende de 762 euros plus 762 euros de dommages et intérêts au CNCT.

Il y a aussi les bars et restaurants. Souvent enfumés. Selon le rapport d’évaluation de 1999 sur l’application de la Loi Evin, la moitié environ n’offrent pas de salle réservée aux fumeurs. Au nom du commerce ? Pas du tout. D’après le Journal de l’association des médecins américains, une étude dans 3 états a montré que l’interdiction stricte du tabagisme au restaurant s’est traduite par une augmentation du chiffre d’affaires dans 4 villes. Dans 4 autres il n’y a pas eu de changement net et dans la dernière, un simple ralentissement de la croissance « mais en aucun cas une baisse d’activité ».

Aux Etats-Unis ou au Canada, le simple fait de fumer dans la rue transforme le fumeur en délinquant. La loi est rigoureusement appliquée et les amendes peuvent être sévères. Par exemple au Canada, si vous fumez dans un lieu interdit, vous devrez payer 300 $ !

Mais par rapport à d’autres pays, la France se situe dans la moyenne. Elle a même progressé dans certains domaines. Comme dans les trains et dans le métro. Les progrès existent donc. Mais la route est longue… Le tabagisme procède de l’incitation exercée par le groupe social. Sa prévalence chez les jeunes ne diminuera pas vraiment, tant que les adultes fumeront en leur présence.

La protection des non-fumeurs est une action de santé publique qui n’aboutira que par une prise de conscience générale des dangers du tabac. Pour le fumeur… et pour les non-fumeurs qui acceptent de respirer un air dont la pollution dépasse de loin toutes les pollutions urbaines connues.

La fumée, un vrai pot au noir !

Quand le fumeur « tire » sur sa cigarette, le cône de combustion est porté à 1000°C ! Et sa fumée contient plus de 4 000 corps chimiques, dont une cinquantaine au moins sont reconnus comme cancérigènes pour l’homme et l’animal.

On y trouve du monoxyde de carbone, de l’acétone, du cyanure d’hydrogène, de l’ammoniac, du mercure, du plomb, du benzène ou encore du cadmium… Bref, un beau florilège de métaux lourds et autres polluants, que l’entourage du fumeur partage avec lui !

Jeune ou non, comment s’arrêter ?

Les traitements de substitution existent essentiellement sous forme de gommes à mâcher et de timbres transdermiques :

  • Les gommes : environ 22,10 euros les 100. Leur consommation varie selon le degré de manque.
  • Les timbres transdermiques (ou patches), coûtent en moyenne 22,9 euros la boîte de sept. La consommation moyenne est d’un par jour, de sorte que le sevrage revient au prix d’un paquet de cigarettes quotidien…

Le juge de paix dans ce domaine, c’est le prix de vente. Car le soutien au fumeur est étroitement dépendant… de sa motivation. En fait, ces produits sont d’une efficacité voisine. Ils suppriment le manque et les taux de réussite approchent 50% à 3 mois, ce qui est appréciable.

En dehors de ces moyens reconnus, le candidat au sevrage peut recourir à l’acupuncture et l’homéopathie, seules ou en association. L’hypnose a également ses adeptes et les thérapies cognitives et comportementales donnent de bons résultats. Mais ne tombez pas dans le panneau des gadgets et autres attrape-gogos qui courent le marché !


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