Dossier
La grippe va-t-elle mettre le feu au monde ?
La première pandémie grippale remonte à... 1530. Et pas moins de 31 épisodes de ce type ont eu lieu depuis lors. Mais c’est bien la grippe « espagnole » de l’été 1918 qui a le plus marqué les mémoires. Avec 20 à 50 millions de victimes, il y a de quoi !
Le XXème siècle a également connu deux autres pandémies grippales, en 1957 puis en 1969. La première, restée dans les mémoires comme la grippe « asiatique », a provoqué 4 millions de décès. Quant à la « grippe de Hong Kong » de 1969, elle a tué 2 millions de personnes à travers le monde. Rien qu’en France, et en à peine trois semaines, elle avait provoqué 33 000 décès. Depuis lors, aucune pandémie ne nous a frappés.
Quant à la grippe aviaire, elle a été identifiée pour la première fois en Italie, il y a 100 ans. La grippe aviaire, c’est une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui touche normalement les animaux. Mais en 1997, le virus est passé à l’homme. Cette année-là, l’épidémie avait fait vaciller Hong Kong : 18 personnes avaient été touchées par ce virus. Six en étaient mortes.
En 2003 aux Pays-Bas, deux cas de transmission humaine avaient également été observés. Il s’agissait d’un autre sous-type de virus aviaire : le H7N7. Au total 15 épidémies de grippe aviaire ont été recensées depuis ces cinquante dernières années. Mais c’est bien en 2004 qu’elle aura fait le plus de victimes. Depuis le début de l’année en effet, 44 cas humains de grippe aviaire ont été enregistrés en Thaïlande et au Vietnam, dont 32 décès. De sorte que l’éventualité d’une nouvelle pandémie est de plus en plus évoquée. Alors, de quoi s’agit-il en fait ?
Une pandémie, c’est en quelque sorte la guerre mondiale des épidémies. Bien plus que la peste noire la grippe espagnole (1918-1920) aura été la pandémie la plus grave de l’histoire de l’humanité. Elle avait fait entre 20 et 40 millions de morts, selon les estimations. Mais cela, c’est de l’histoire ancienne. Les experts, et d’abord l’OMS, nous annoncent bien pire.
La dernière pandémie grippale remonte à la grippe de Hong Kong, en 1969. Il y a donc 35 ans que le monde n’en a pas connu. Or l’analyse des grandes épidémies du XXème siècle montre que leur espacement moyen varie de 11 à 39 ans. La question aujourd’hui n’est donc plus de savoir s’il y aura une prochaine pandémie, mais de savoir quand elle aura lieu !
Semaine après semaine, l’Organisation mondiale de la Santé souligne l’imminence du danger. Des chiffres synonymes d’apocalypse circulent. Le Dr Klaus Stöhr, coordinateur du Programme de l’OMS contre la Grippe, a récemment affirmé que « les estimations portent le nombre de morts entre deux et sept millions, et celui des personnes contaminées au-delà du milliard » .
Toujours selon lui, « le virus de la grippe aviaire H5N1 est certainement celui qui sera le plus à même de provoquer la prochaine pandémie. Elle pourrait commencer la semaine prochaine… ou dans les années à venir ».
100 millions de morts ?
A quelques semaines de là le Dr Shigeru Omi, directeur du Bureau régional de l’Asie du Sud-Est, formulait des estimations plus dramatiques encore. « Les évaluations les plus pessimistes font état de cinquante ou même, dans le pire des scénarios de cent millions de morts ». L’alerte est chaude…
Pourquoi un tel alarmisme ? « Le niveau de transmission est à l’heure actuelle sans précédent », affirme Shigeru Omi dans les colonnes du Times. Sans oublier que les conditions ne sont pas les mêmes qu’il y a 30 ans.
A l’heure de la mondialisation, de l’ouverture des frontières et du tourisme de masse, la propagation d’un virus grippal hautement pathogène a de quoi faire trembler. Certains experts évoquent même une véritable bombe micro biologique !
Car un virus, c’est un agent infectieux très petit qui se multiplie à une vitesse vraiment impressionnante. Quand vous êtes grippé par exemple, vous êtes contagieux avant même l’apparition des premiers symptômes. Et avec les moyens de transport modernes, un virus peut faire le tour du monde en quelques heures, contaminant au passage des centaines de milliers de femmes et d’hommes. Pour bien s’en convaincre, juste un exemple…
La scène se déroule aux Etats-Unis : au cours d’un vol à destination de la Californie, une passagère présente les symptômes de la grippe. Trois jours plus tard, 38 des 54 passagers de l’appareil sont eux-mêmes atteints ! Que ce scénario se reproduise et en moins d’une semaine les sujets contaminés pourront se compter en centaines de milliers !
Dans ces conditions, que peut-on faire face à une telle multiplication virale ? La seule solution, dans l’immédiat, passe par une vigilance extrême pour contenir le virus, et par l’isolement des patients atteints. Mais attention, face à une épidémie mondiale les mesures de santé publique doivent, pour être efficaces, être coordonnées au niveau international.
Voilà pourquoi l’OMS alerte régulièrement la communauté internationale. Sur sa recommandation la France par exemple, a déjà mis en place un dispositif de réaction en cas de pandémie. Ici comme ailleurs, les recherches sur un vaccin humain contre le H5N1 progressent.
Une course contre la montre…
En effet, face au virus H5N1, les moyens d’action se résument en deux mots : vaccins et antiviraux. Les premiers pour la prévenir, les autres pour traiter les patients. Une combinaison théoriquement efficace, utilisée couramment pour contrer les épidémies de grippes « classiques ».
Oui mais voilà, ce dont nous parlons ici se situe sur une toute autre échelle. Cette course contre la montre, le vaccin la perd d’avance puisque son processus de fabrication est très long. Pour une dose, il est nécessaire de disposer de deux œufs de poule embryonnés. La production de quelques centaines de milliers de doses représente donc un processus de plus de 6 mois !
Plus inquiétant, il est apparu que la production vaccinale dirigée contre le redoutable H5N1 est sérieusement compromise par un facteur qui vient « bousculer » les recherches : la mort de l’embryon après injection de cette souche dans l’œuf !
Un défi sérieux qui pourrait cependant être surmonté grâce à la technique de génétique inversée, laquelle utilise la reconstitution du virus à partir de fragments clonés. Problème, sa validation scientifique n’est pas encore acquise...
Pour l’Organisation, la souche H5N1 - celle de la grippe aviaire donc - sera certainement à l’origine de la pandémie à venir. Passé à l’homme pour la première fois en 1997 à Hong Kong, le virus n’a cessé depuis, d’évoluer. Il est de plus en plus pathogène.
Il s’adapte si rapidement que les conditions d’une pandémie dévastatrice paraissent vraiment réunies. Les pires prévisions des experts évoquent d’ailleurs un véritable scénario catastrophe, le virus de la grippe aviaire se recombinant à celui de la grippe commune pour former une chimère quasiment invincible.
La Chine se prépare…
Pour le Dr Isabelle Nutall, du Département des maladies transmissibles au siège de l’OMS à Genève, une inconnue de taille demeure en effet. Quelle forme ce virus mutant prendra-t-il ? « On a actuellement un virus très virulent mais qui ne se transmet pas facilement de personne à personne, c’est la grippe aviaire. D’autre part, on a la grippe humaine commune relativement modérée dans sa forme clinique, mais qui se transmet facilement d’une personne à l’autre. Le mutant pourra prendre n’importe quelle caractéristique dans le spectre qui s’étend de la grippe aviaire à la grippe humaine commune. »
Un mutant qui effraie l’Empire du Milieu. Selon Julie Hall, Conseillère de l’OMS à Pékin, « la Chine prend la menace très au sérieux ». D’ores et déjà, les autorités mettent sur pied un plan d’urgence. D’après le Times, elles ont repéré et balisé des zones destinées à abriter les fosses communes.
Elles réfléchissent également aux différents moyens à mettre en oeuvre pour limiter l’ampleur du désastre. Comme d’empêcher les petits commerçants ruraux de pénétrer dans les zones urbaines, par exemple. Comme si la pandémie avait déjà commencé…
De son côté, l’Union européenne a pris des mesures… avant de les rapporter en partie. L’interdiction d’importer, depuis les pays de la zone atteinte, des volailles vivantes et leurs viandes a ainsi été annulée. Jusqu’à quand ? Pour l’heure, les conditions sanitaires imposées à l’importation des oiseaux et volailles sont renforcées. Des précautions certes utiles, mais qui paraissent bien ténues…
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