Le déremboursement des veinotoniques : des économies illusoires pour la Sécu
[mis à jour le 20 avril 2004 à 08h43]
Face au projet gouvernemental de déremboursement des veinotoniques, une étude de l’Université Catholique de Lille montre que les "économies" dégagées risqueraient d’être illusoires. A cause d’un report massif de prescriptions sur des médicaments toujours remboursés.
Près de 18 millions de Français sont touchés par la maladie veineuse. Cette affection, qui touche surtout les femmes, représente une gêne considérable au quotidien. Pratiquement 9 femmes sur dix souffrant de lourdeur ou de gonflement des jambes se soignent avec un veinotonique, un de ces médicaments aujourd’hui sur la sellette au nom d’une efficacité parfois contestée par les assureurs, mais pas par les malades...
L’étude en question, menée avec l’aide de 300 généralistes, confirme la place des veinotoniques dans la prise en charge des troubles veineux par les médecins. Elle montre que, suite à un éventuel déremboursement, leur attitude de prescription changera si le patient ne souhaite pas prendre en charge lui-même le coût du traitement. Ainsi explique Benoît Dervaux, chercheur en Economie de la Santé à Lille, "la prescription de veinotoniques ne sera maintenue que dans 37% des cas. Et dans 40% des cas, leur abandon donnera lieu à un report de prescription".
Dans ces conditions, le médecin prescrira des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et des antalgiques. Dans 52% des cas. Des médicaments plus chers, et aux effets secondaires souvent conséquents. Pour Benoît Dervaux, "le déremboursement des veinotoniques va également augmenter le recours aux spécialistes. Car en effet, 35% de la clientèle des généralistes ira consulter un spécialiste. Et les arrêts de travail deviendront plus fréquents."
L’exemple italien est particulièrement parlant. En 1994, les veinotoniques ont été déremboursés dans ce pays. Et les autorités italiennes ont vu s’accroître le nombre de cas graves et d’hospitalisations pour chirurgie veineuse. Avec à la clé, un surcoût annuel de 23,6 millions d’euros.
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