Le médicament en panne de dialogue ?
[mis à jour le 6 mai 2007 à 16h23]
Que ce soit dans le cadre des échanges nord-sud (OMC, OMS, Forum de Davos…) ou simplement en France ou le débat entre l’Etat et les fabricants mais aussi les professionnels est « vif », il règne une curieuse ambiance sur le « front » du médicament. L’expression s’impose. Car les fleurets, à peine mouchetés, sont sortis. Et le malade dans tout cela ?
Il y a du Forum de Davos dans l’air, d’où probablement une certaine électricité ! Dans une note diffusée le 24 janvier, l’OMS « salue l’initiative prise par des compagnies innovantes d’accorder à des fabricants de génériques les licences de production de certains traitements contre le VIH/SIDA. Cette démarche volontaire est de nature à accroître la concurrence, à réduire les prix et par conséquent à favoriser un meilleur accès des plus pauvres aux médicaments. »
L’OMS, qui rappelle avoir lancé l’année dernière avec 50 partenaires une Coalition internationale pour l’accès aux traitements contre le VIH, souligne que l’objectif d’assurer la fourniture de ces derniers à « au moins la moitié des 6 millions de malades dans les pays les plus pauvres d’ici 2005 » reste d’actualité. Objectif d’ailleurs ambitieux, le prix de vente des médicaments n’étant que l’une des composantes du problème.
Les USA contre le reste du monde…
Les infrastructures locales - adduction d’eau, laboratoires de contrôle… - la disponibilité en professionnels formés ont une importance au moins équivalente à la disponibilité des médicaments eux-mêmes. Mais le récent veto américain à la reconnaissance d’une primauté du droit à la santé sur celui des brevets n’en finit pas de créer des remous. Petit rappel : le vendredi 20 décembre à Genève, le vote de 143 Etats membres de l’OMC - sur 144… - est annihilé par le veto des USA. D’où le rejet d’un compromis destiné à matérialiser les bonnes intentions formulées lors de la réunion de Doha en décembre 2001. Drôle de conte de Noël, avec un virage à 360° dans la lutte contre le VIH-SIDA mais aussi contre la tuberculose et le paludisme, qui tuent chaque année 9 millions de personnes, essentiellement dans les pays défavorisés...
Depuis la grogne ne s’est pas éteinte. On a pu le constater fin janvier, à Genève toujours, pendant le Bureau exécutif de l’OMS. La brutalité de la méthode Bush y a fait beaucoup parler d’elle… Au même moment un communiqué signé par 12 ONG de 8 pays (dont la France) a été diffusé depuis Porto Alegre où se tenait le sommet pour une autre mondialisation. Le sommet de l’OMC à Genève, les 10 et 11 février prochain, sera chaud. « Si aucune solution ne peut (y) être trouvée (…) la seule façon de faire valoir les droits humains à la santé et à la vie passe par la production massive et la diffusion de copies de médicaments brevetés au bénéfice de toutes les personnes au monde qui en ont besoin. »
Il est encore possible d’espérer qu’après l’Irak et la Corée, un troisième front de belligérance ne s’ouvrira pas au nom de la santé des plus pauvres. Ce serait un comble, et sans aucun doute une honte pour la société du troisième millénaire…
France : un dialogue difficile
La revue professionnelle Prescrire a ouvert les hostilités avec le « palmarès des médicaments pour 2002 ». Le bilan est modeste, puisqu’il ne comporte aucune pilule d’or et place seulement 4 médicaments à son tableau d’honneur. Il se situe pourtant dans une honnête moyenne sur l’ensemble des palmarès édités depuis 1981. Serions-nous en panne de découverte ? Ce bilan est sévèrement contesté par les entreprises du médicament. Leurs représentants au Leem, qui rassemble tous les producteurs opérant en France, dénoncent « (son) caractère contestable (…) son manque de rigueur et de transparence sur les critères retenus. »
L’industrie pharmaceutique a beau jeu de souligner que l’approche de Prescrire ignore les avis de la Commission de transparence de l’AFSSaPS, « où compte en priorité la notion d’avancée thérapeutique et donc de qualité du service rendu au malade. » Elle publie un bilan en contre-jour qui énumère 55 progrès cliniques parfois décisifs réalisés en 2002, y compris contre des maladies orphelines.
Un peu de navigation Pour avoir accès au « palmarès » de la revue Prescrire, vous pouvez vous connecter sur http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierPalmares2002.php. Une autre adresse sur le même site vous donnera le cumul de tous les classements publiés depuis 1981 : http://www.prescrire.org/docus/palmaresCumul.pdf. Pour vous faire une idée complète, pour être capable de comprendre les enjeux du débat qui va s’instaurer en 2003 sur les choix de santé et donc, fatalement aussi sur le médicament, une mine d’informations vous attend sur http://www.leem.org, le site des entreprises du médicament. Dans la rubrique « Actualités du médicament » demandez le Bilan des avancées thérapeutiques 2002. Vous chargerez alors la liste des Nouveaux médicaments et avancées thérapeutiques 2002, avec des liens vers les sites de l’AFSSaPS et l’Agence européenne du Médicament. Un peu compliqué d’accès, mais la richesse du contenu en vaut la chandelle.
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