Le suicide, pour en finir avec son travail
[mis à jour le 15 mars 2007 à 14h18]
Chaque année en France, 300 à 400 personnes mettraient fin à leurs jours pour des raisons professionnelles ! Les récents suicides survenus chez Renault et à la centrale nucléaire de Chinon sont donc loin d’être des phénomènes isolés. D’où l’inquiétude de certains médecins.
« Il y a encore 10 ans, les suicides en lien avec le travail étaient rares » nous explique le Dr Patrick Légeron, psychiatre et directeur général du cabinet Stimulus, spécialisé dans la gestion du stress au travail. « Depuis 4 à 5 ans, le phénomène croît avec une inquiétante régularité ».
Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur la question, il semble que les hommes de plus de 40 ans soient particulièrement concernés. Comme le souligne le Dr Bernard Salengro, de la CFE-CGC, « les cadres seraient un peu plus vulnérables car plus investis dans leur travail ».
« Les suicides représentent la partie visible de l’iceberg » reprend Patrick Légeron. Derrière, « il y a toute la problématique du stress professionnel. En France, 20% à 30% des salariés subiraient des niveaux de stress très élevés ». Et donc une véritable souffrance, dont l’issue peut se traduire par un suicide.
Une maladie professionnelle ?
Très étudié depuis plus d’un siècle, le mécanisme du passage à l’acte est éminemment complexe. Ainsi le plus grand flou règne-t-il, aujourd’hui encore, sur les conditions requise pour établir un lien entre l’activité professionnelle et le suicide. Autrement dit pour décider si ce dernier peut être considéré comme une maladie professionnelle ou un accident du travail.
Un cas pourrait faire jurisprudence. Celui d’un salarié de la centrale nucléaire de Chinon qui s’est donné la mort en 2004. Ce drame a été reconnu comme maladie professionnelle. Le 5 mars dernier, l’employeur contestait cette décision devant le Tribunal des Affaires de Sécurité sociale de Tours. Lequel devrait délibérer le 14 mai prochain.
« Il est vrai que de nombreux paramètres entrent en ligne de compte » ajoute Patrick Légeron. « Mais il y a tout de même de quoi être interpellé quand un salarié met fin à ses jours sur son lieu de travail, et/ou laisse un écrit mettant en cause son activité professionnelle »…
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