Migrateurs : les incertitudes du retour
[mis à jour le 3 juillet 2007 à 17h58]
Asie du Sud-Est, Sibérie, Russie, Turquie... Le virus de la grippe aviaire se déplace, pour l’heure, à la faveur des flux migratoires. En France, les spécialistes sont particulièrement attentifs. Depuis quelques mois, la surveillance des oiseaux migrateurs a été renforcée sur quelques sites clés du territoire. Comme sur le Lac de Grand-Lieu, en Loire-Atlantique.
Le thermomètre affiche 3 degrés au-dessus de zéro ce matin de janvier, à quelques kilomètres au sud de Nantes. Le Lac de Grand-Lieu, en paisible prédateur, emprisonne une brume épaisse. Elle ne se dissipera pas de la journée. Christophe Sorin et Alain Caizergues ont l’habitude. Ils prennent quand même le bateau, direction... le petit large.
Trois minutes et 1,6 km plus loin, une première nasse. Quatre sont réparties sur les 7 000 hectares que le lac recouvre en hiver. De cette première cage, ils ressortiront quelques canards milouins. Certains sont bagués, d’autres pas. Ils libéreront ensuite la dizaine de foulques qui se débattent.
Christophe Sorin est technicien auprès de la Fédération de chasse de Loire-Atlantique. Alain Caizergues lui, est ingénieur-chercheur à l’Office national de la Chasse et de la Faune sauvage, l’ONCFS, une émanation du ministère de l’agriculture et de la pêche.
Les deux hommes sont de véritables sentinelles, maillons essentiels du dispositif de surveillance des migrateurs en France, le réseau SAGIR. Un dispositif essentiel d’autant plus que la grippe aviaire partant d’Asie, a gagné l’Oural avant d’arriver en Turquie à la faveur des flux migratoires.
Depuis plusieurs semaines, les deux hommes multiplient les captures quotidiennes. Objectif : dépister au plus tôt tout risque d’apparition en France du virus H5N1. Ce matin-là, ils ramènent à terre une vingtaine de canards. Ils sont examinés et subissent quelques prélèvements avant d’être aussitôt relâchés. Cette fois, c’est une femelle milouin qui a la tête plongée dans un sac de toile. Dans le noir, pour éviter le stress. Equipés de gants et de lunettes de protection, les deux hommes mesurent la longueur des pattes et des ailes avant de la peser puis de la baguer. Et voilà son bec estampillé, sans douleur, du numéro 51.
Anticiper le risque de migration du virus...
Ensuite, "on réalise un prélèvement de fientes pour la recherche du H5N1" explique Alain Caizergues. Car dans l’hypothèse où un oiseau est infecté, ses excréments peuvent en contaminer d’autres. Par simple voie respiratoire ou au contact de plumes souillées.
Comme la Camargue, le Lac de Grand-Lieu, l’une des plus grandes réserves ornithologiques d’Europe est actuellement l’objet de toutes les attentions. D’après les spécialistes en effet, le risque d’épizootie, c’est-à-dire d’épidémie frappant les animaux, sera plus élevé dès la fin févier. Cette période qui marque en effet le retour vers nos contrées, d’oiseaux partis passer l’hiver au chaud en Afrique.
Mais là-bas, ils ont croisé la route d’autres volatiles en exil. Ils viennent cette fois... d’Asie et de l’Oural, des régions infectées par H5N1. Comme nous le confirme Jean-Roch Gaillet, directeur des actions sanitaires à l’ONCFS, l’Office national de la Chasse et de la Faune sauvage, "L’Afrique est actuellement une zone de combinaison d’oiseaux venant des zones infectées et de chez nous. Nos oiseaux qui reviennent au printemps risquent d’avoir la maladie avec eux".
Pour anticiper ce risque, des équipes françaises de l’ONCFS et du CIRAD, le Centre international pour la Recherche agronomique et le Développement, sont actuellement en Afrique pour des observations de terrain. Et pour prélever des échantillons de fientes. Trois grands bassins migratoires sont surveillés de près : le bassin du Lac Tchad, le delta intérieur du Niger et le delta du Sénégal, à la frontière de ce pays avec la Mauritanie. A partir de ces analyses, le risque de migration du virus vers la France et l’Europe sera éventuellement ré-évalué. A la hausse ou à la baisse.
De nombreux pays européens ont anticipé ce risque. C’est le cas de la France qui a notamment décidé le confinement des volailles dans plusieurs départements. Mais l’inquiétude des chercheurs concerne surtout les oiseaux sauvages et quelques espèces très résistantes au virus H5N1. Comme le canard colvert. Des mesures sont d’ores et déjà prévues pour faire face à une situation d’épizootie. Si un cas de grippe aviaire survenait dans un élevage français, le foyer serait aussitôt séquestré puis abattu.
La crainte persistante d’une mutation
Au-delà de l’épizootie elle-même, la propagation de l’infection chez les oiseaux augmente les risques d’infection directe de l’homme. Laquelle se fait essentiellement lors de contacts rapprochés et fréquents avec les sécrétions respiratoires et les déjections d’animaux infectés.
Mais le scénario tant redouté par l’Organisation mondiale de la Santé reste la mutation du virus H5N1 dans le cas où il se combinerait avec le virus de la grippe humaine. Comme nous l’a récemment confirmé le Dr Guénaël Rodier, Conseiller spécial en charge des Maladies transmissibles au Bureau de l’OMS pour l’Europe à Copenhague, "plus il y a de cas humains de grippe saisonnière, plus on donne de chances au virus H5N1 de se recombiner".
Voilà pourquoi l’OMS accorde une attention toute particulière à ce que "l’abattage massif et rapide des volailles infectées, qui constitue la première ligne de défense pour protéger la santé publique internationale" soit réalisé dans des conditions sanitaires bien précises. Car une mutation du virus peut très bien se produire au cours d’un abattage. Par le biais par exemple, d’une personne atteinte de la grippe et qui ne serait pas protégée par des vêtements et des équipements appropriés : gants et masque, notamment.
Ce scénario est d’autant plus redouté qu’aucun vaccin ne serait immédiatement disponible pour contrer le nouveau virus ainsi généré. Et la voie à une pandémie, c’est-à-dire une épidémie à l’échelle planétaire, serait alors largement ouverte...
Vous voyagez ?
Avant de prendre l’avion, prenez le temps de lire les messages relatifs à la grippe aviaire, apposés dans tous les aéroports internationaux de France. Vous y trouverez un rappel complet des précautions à prendre, et un numéro de téléphone pour informations complémentaires, le 0825 302 302 (15 centimes d’euro/minute).
Enfin pour tout savoir sur ce virus et suivre l’évolution de la grippe aviaire dans le monde, rendez-vous sur le site de ministère de la Santé : www.grippeaviaire.gouv.fr. Et lors de votre retour en France, ne ramenez jamais un oiseau - ni aucun animal vivant - dans vos bagages. Et au moindre signe suspect dans les 10 jours suivant votre retour de voyage, consultez un médecin ou appelez le centre 15.
Pas de risque via l’alimentation L’homme ne peut pas être contaminé par H5N1 en mangeant. Et cela, pour deux raisons : d’une part, la cuisson à 70°C pendant quelques minutes détruit le virus. Or un poulet est généralement enfourné à 180°C voire 200°C. D’autre part, l’acidité de l’estomac peut détruire le virus de la grippe aviaire.
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