Paludisme : maladie de la pauvreté et cause de pauvreté
[mis à jour le 25 septembre 2008 à 12h25]
Chaque année, le paludisme tue plus d’un million de personnes dans le monde. Et l’Organisation mondiale de la Santé, l’OMS, estime que 40% de l’humanité est exposée à la maladie, essentiellement dans les pays les plus pauvres. Un chiffre intolérable d’autant plus que des traitements et des techniques de prévention efficaces existent… Et depuis longtemps. Les moustiquaires notamment.
L’Afrique est durement touchée par ce fléau. Plus de 3 000 enfants en meurent tous les jours ! Trois mille enfants dans une région déjà en proie au VIH-SIDA et à la tuberculose.
Le paludisme est une maladie qui peut être contractée à tout âge. Elle est transmise par les piqûres de moustiques infectés par des parasites de l’espèce Plasmodium. Il existe quatre types de paludisme humain, mais P. falciparum est de loin le type d’infection le plus mortel.
Les symptômes les plus courants sont : la fièvre, les maux de tête, les frissons et les vomissements, qui peuvent d’abord être confondus avec un état grippal. Ils apparaissent de 10 à 15 jours après l’infection. Et en l’absence de traitements, le paludisme peut évoluer rapidement vers une forme grave, souvent mortelle. C’est le cas des 2 millions de femmes, d’hommes et surtout d’enfants qui en succombent chaque année…
Mais pourquoi, aujourd’hui, cette maladie que nous savons soigner fait-elle encore tant de victimes dans les pays en développement ? C’est avant tout un problème d’accès aux soins de santé primaires. Certes il existe des thérapies efficaces. Le protocole thérapeutique retenu par l’OMS a fait ses preuves : il s’appelle ACT pour Artemisinin Combination Therapies et repose sur une association médicamenteuse à base d’un dérivé d’une plante chinoise, l’artémisinine Mais encore faudrait-il réussir à les faire parvenir aux plus démunis, ces thérapies !
C’est l’objectif de l’opération « Faire reculer le paludisme », lancée en 1998 par l’OMS, et qui visait à réduire de moitié la maladie d’ici 2010, puis 2015… Mais les résultats à mi-parcours ne sont pas à la hauteur des espoirs escomptés. Un enfant en meurt encore aujourd’hui toutes les 30 secondes.
Or réduire de moitié la maladie… C’est possible ! Avec un meilleur accès aux traitements bien sûr, et donc aux ACT. Mais pas seulement. Il est nécessaire aussi d’améliorer l’accès aux moustiquaires, très efficaces pour prévenir les piqûres de moustiques. Car le drame du paludisme s’explique par le fait que seulement 2% des petits Africains dorment sous une moustiquaire imprégnée d’insecticides. Pourquoi ? Parce que leur prix est trop élevé. Mais des solutions toutes simples, existent.
La Tanzanie part exemple, a depuis de nombreuses années exonéré moustiquaires et insecticides de toutes taxes et droits de douane. Dans ce pays les moustiquaires coûtent en moyenne 3,50 dollars. Un prix abordable, comparé aux 30 à 45 dollars demandés dans des pays comme le Soudan ou le Swaziland.
Le paludisme peut être prévenu. Il suffit juste d’éviter de se faire piquer. Comme les anophèles femelles – autrement dit les vecteurs de la maladie- sont actifs à la tombée de la nuit, c’est à ce moment-là que vous devez être particulièrement vigilant :
- Le soir, portez toujours des vêtements clairs et couvrants ;
- Utilisez une lotion anti-moustiques ;
- Placez des rideaux ou des écrans devant les portes et les fenêtres et installez des moustiquaires au-dessus des lits ;
- Imprégnez les voiles, rideaux et écrans de protection avec un insecticide adapté, conseillé par un professionnel de santé ;
- Dehors le soir et la nuit, ou devant une fenêtre ouverte, faites brûler du « charbon à moustique » ou des spirales anti-moustiques ;
- Enfin, vaporisez des insecticides dans les pièces de séjour et dans les chambres à coucher, une trentaine de minutes avant d’aller dormir.
Ces mesures simples sont des plus efficaces, en particulier chez les enfants pour lesquels la chimioprohylaxie -c’est-à-dire la prise préventive de médicaments- est souvent impossible. L’OMS rappelle en effet que « lorsque les gens dorment régulièrement sous des moustiquaires traitées par insecticide, les cas graves de paludisme diminuent de 45 %, les morts de jeunes personnes baissent de 42 % et le taux de mortalité infantile est réduit de 17 à 63 %. » Il est donc essentiel de les respecter scrupuleusement.
La lutte contre le paludisme est un enjeu de santé publique majeur en Afrique, car c’est une maladie qui monte. Pour deux raisons essentielles. Tout d’abord parce qu’avec le réchauffement de la planète, des régions jusque-là épargnées se retrouvent à leurs tours menacées. Le dérèglement de l’écosystème facilite la prolifération des bactéries et des virus. L’augmentation du nombre de cas de paludisme en Afrique orientale doit ainsi être mise en parallèle avec le réchauffement observé depuis plusieurs décennies dans la région.
Mais il y a une deuxième raison à la menace que représente le paludisme : le développement de souches pharmaco-résistantes, dû à une mauvaise observance et à l’usage d’antipaludiques dépassés. La résistance à la chloroquine, l’antipaludique le moins cher et le plus largement utilisé, est courante dans toute l’Afrique.
La résistance à la sulfadoxinepyrimethamine (SP), souvent considérée comme le premier substitut à la chloroquine, et le moins cher, progresse également en Afrique orientale et australe. Résultat, 1 million de femmes (souvent enceintes), d’hommes et d’enfants y meurent chaque année de paludisme... Et le Dr Arata Kochi, directeur du département du paludisme à l’OMS a été clair à ce sujet : « Si nous perdons les ACT, nous n’aurons plus de traitement contre le paludisme avant 10 ans ».
Or il y a urgence. Ces dernières années en Ouganda par exemple, jusqu’à 12 millions de cas de paludisme par an ont été enregistrés, pour une population qui ne dépasse pas les 23 millions d’habitants. C’est la principale cause de mortalité dans le pays : près de 20 000 personnes en meurent chaque année. Une hécatombe, qui pèse très lourd sur le pays.
Le paludisme en Afrique est à la fois une maladie de la pauvreté et une cause de pauvreté. La croissance économique des pays de forte transmission a toujours été inférieure à celle des pays sans paludisme. Le Partenariat Faire reculer le Paludisme estime ainsi « à plus de 12 milliards la perte annuelle de PIB due au paludisme en Afrique, alors qu’une fraction de cette somme suffirait à le maîtriser »...
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