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8 février 2012


Polio : c’est (presque) gagné !

[1er janvier 2000 - 00h00]
[mis à jour le 11 octobre 2002 à 17h04]

Les responsables de l’Organisation assurent qu’ils peuvent mettre fin à la transmission du virus d’ici la fin de cette année. Encore 4 ans et nous pourrons dire, comme le Dr Denis Broun qui à l’O.M.S. dirige le Département de la Mobilisation des Ressources, que le monde ne connaîtra plus jamais la polio. La mobilisation de toutes les couches de la société est cependant indispensable. « Ce n’est pas un secret que la grande campagne contre la polio en Afrique a été lancée par Nelson Mandela qui l’a suivie personnellement. Il faut également impliquer tous les leaders possibles. C’est grâce à l’action des Clubs Rotary dans les pays en développement, en particulier en Inde que toute une série d’actions ont pu être entreprises. C’est grâce à l’action de l’UNICEF que toute une série de mobilisations peuvent se faire. Et l’O.M.S. a reçu récemment une donation de 50 millions de doses de vaccin contre la polio pour les zones de conflits en Afrique, où il est le plus difficile de vacciner les enfants. Ce genre de soutien est essentiel. Notre objectif, c’est d’éradiquer la maladie pour la fin de l’année. Il devrait ne plus y avoir alors de transmission de la poliomyélite et d’ici 2005 nous espérons pouvoir certifier que le monde ne connaîtra plus jamais la polio. » La France à la traîne... Comment les moyens peuvent-ils manquer à deux pas du but ? Ce n’est pas rien, 400 millions de dollars ! Plusieurs gouvernements se sont mobilisés depuis des années. Allemands, Américains, Britanniques, Canadiens, Danois et Japonais, à la différence remarquée… de la France.

La stratégie de l’O.M.S. est fondée sur quatre « outils » : · Vaccination orale systématique des nourrissons par 4 doses successives de vaccin ; · Surveillance épidémiologique pour dépister et examiner chaque enfant paralysé. C’est le seul moyen de déterminer s’il s’agit d’un cas de poliomyélite ; · Vaccination porte-à-porte pour que le vaccin parvienne à chaque enfant ; · Organisation de Journées nationales de vaccination.

Ces campagnes de masse permettent de vacciner en quelques jours tous les enfants de moins de 5 ans d’un pays et de progresser vers l’élimination du virus. La Chine a pu s’en libérer totalement. L’Inde est également en bonne voie : cette nation d’un milliard d’habitants a commencé d’organiser des journées de ce type dès 1995. L’hiver de cette année-là, 117 millions d’enfants de moins de 5 ans y ont reçu un vaccin antipolio oral. L’an passé ils ont été 127 millions, vaccinés dans 650.000 centres répartis dans tout le pays. Résultats tangibles de ces campagnes successives : entre 1994 et 1996 le nombre de cas de poliomyélite déclarés dans le pays a été pratiquement divisé par 5 !

130 millions d’enfants à vacciner en un jour !

Ces actions larges, puissantes et qui font appel à la mobilisation sont complexes à organiser car leur succès repose sur une véritable mobilisation générale. Jusqu’à la mère de famille individuelle. Comme l’explique Denis Broun, « il faut qu’elle amène ses enfants se faire vacciner auprès de l’endroit où le vaccin est disponible et gardé au froid. Ensuite, n’oublions pas qu’en Inde par exemple quand on doit vacciner tous les enfants, cela en représente 130 millions ! Il faut ainsi des milliers voire des millions de volontaires pour administrer le vaccin, compter les enfants, orienter les mères, remplir les cartes de vaccination… C’est vraiment toute la société qui est mobilisée. »

Mobilisation. Le mot n’est pas trop fort. Pendant toute une journée l’ensemble du pays concerné est sur le pied de guerre. « Il faut amener le vaccin en temps et en lieu tout en le gardant au froid, amener les enfants et pour cela mobiliser toutes les mères, toutes les communes, toutes les régions pour les présenter aux endroits de vaccination et qu’on ait une chance raisonnable de les toucher, tous ou presque. C’est d’ailleurs le fait qu’on ne les touche pas toujours tous, qui fait que nous ne pouvons pas nous contenter d’une journée nationale de vaccination mais que nous devons en avoir plusieurs et par exemple en Inde, qui reste un des foyers endémiques de polio au monde, nous allons en avoir 6 dans les mois qui viennent de façon à être sûr que vraiment tous les enfants indiens auront été couverts. Et cela implique des actions de porte à porte jusque dans les bidonvilles, dans les campagnes les plus reculées pour être sûr que tous les enfants de moins de 5 ans ont été vaccinés. »

Voilà pourquoi le principal objectif de l’O.M.S. est d’interrompre la transmission du virus dans les derniers pays ou la polio est endémique. Ils sont encore 50 mais il y a un des poids-lourds : Bangladesh, Inde, Pakistan, Nigeria, Ethiopie… D’autres sont en butte à des conflits armés qui rendent toute vaccination de masse aléatoire. Il est souvent très difficile d’obtenir un cessez-le-feu pour permettre aux soignants de vacciner. Des « fenêtres de paix » ont pu être ménagées en République Démocratique du Congo (R.D. Congo) grâce à l’engagement personnel des plus hauts responsables politiques mais dans bien des pays le progrès sanitaire est sous la menace permanente de la guerre. Le virus de la polio : un grand voyageur... Or nous sommes tous concernés. Doté d’un grand pouvoir infectieux, le virus de la poliomyélite est également un très grand voyageur. L’O.M.S. signale que « des poliovirus sauvages isolés en Europe (…) se sont révélés épidémiologiquement liés au Pakistan et à l’Afghanistan. » Des pays libérés du poliovirus restent fortement exposés à une réimportation de souches infectantes. La sécurité est donc au prix d’un contrôle mondial de la diffusion du virus, et aucun pays ne peut renoncer à la vaccination systématique tant qu’il reste ne fût-ce qu’un seul réservoir de ce dernier au monde.

Le virus peut réapparaître facilement dans un pays et s’étendre rapidement. Aux Pays-Bas en 1994, une flambée épidémique a trouvé son origine dans une communauté religieuse qui s’opposait aux vaccinations. En 1996-97, l’Albanie a également été le siège d’une poussée infectieuse qui a laissé plus de 80 personnes paralysées de façon permanente. Tous ces cas se sont produits à moins de 2 heures de Paris ! Mais il y en a bien d’autres.

Le Dr Denis Broun insiste d’ailleurs sur le caractère très fragile de toute victoire, tant que subsistent des sanctuaires où le virus reste embusqué. « Tant que la polio n’est pas totalement éradiquée, il faut continuer à vacciner les enfants exactement comme on le faisait autrefois. La polio a disparu du continent américain depuis 1993 mais tout le continent américain continue la vaccination contre la polio et devra le faire jusqu’à ce qu’on ait éradiqué la polio. C’est donc pour cela que nous poussons très fort pour que cette éradication se fasse au plus vite de façon à libérer les ressources actuellement consacrées à la vaccination et leur donner d’autres objectifs dans la santé. » Deux stades olympiques par an ! Les résultats obtenus depuis dix ans sont encourageants. Le nombre de cas est passé de 350.000 à 6.300 ! Si les responsables de l’Organisation mettent la pression, c’est parce que la disparition de la polio serait bien davantage qu’un symbole. Elle apporterait des bénéfices concrets et chiffrés, et dégagerait des ressources nouvelles pour la santé. Au niveau mondial, les économies réalisables chaque année sont évaluées à un peu plus d’un milliard cinq cents millions d’euros ! Cela suffirait pour construire deux fois chaque année le Grand Stade de France.

La Journée mondiale des handicapés, qui se déroulait le 3 décembre, a été l’occasion d’un appel par les responsables des principaux organismes engagés dans la lutte contre la polio. Le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (O.M.S.), Mme Carol Bellamy qui est Directeur exécutif de l’UNICEF et M. Carl-Wilhelm Stenhammar, ancien Directeur international des Rotary Clubs, ont demandé aux gouvernements qui financent ces programmes de consentir un effort supplémentaire de 50 millions d’euros. Cet effort est nécessaire à l’achat des 700 millions de doses supplémentaires indispensables pour l’année prochaine. Nécessaire mais pas suffisant. Comme le précise le Dr Denis Broun, le coût du vaccin ne représente que l’une des composantes de l’éradication. On peut bien acheter tous les vaccins qu’on veut mais si on ne peut pas les transporter à travers la chaîne du froid, trouver des gens pour l’administrer, sensibiliser la population pour que les enfants soient amenés au point de vaccination, on n’a fait qu’une partie du travail.

A l’horizon 2005, c’est ainsi 400 millions d’euros qui doivent être trouvés pour, selon l’expression de Gro Harlem Brundtland, « léguer un monde sans polio aux enfants du XXIème siècle. »

Source : IPPOTHES, octobre 2002

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