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4 février 2012


Polio : le monde continue de trembler

[2 janvier 2006 - 00h00]
[mis à jour le 5 juin 2007 à 18h19]

La poliomyélite. Logiquement, nous ne devrions même plus mentionner son nom. Pourquoi ? Parce qu’en 2003 le monde était sur le point de s’en débarrasser. Depuis 1988 en effet, l’Organisation mondiale de la Santé se bat, mobilise Etats, organisations non-gouvernementales, professionnels de santé, bénévoles pour un objectif commun : l’éradication de la polio !

Depuis le début de l’initiative en 1988, cinq millions de personnes, pour la plupart dans les pays en développement ont été sauvées de la paralysie, une des conséquences majeures de la polio. Près de 2 milliards d’enfants ont pu être vaccinés dans le monde !

Pourtant aujourd’hui l’essai n’est toujours pas transformé. La faute au virus ? Oui en partie, mais les responsables sont avant tout les politiques. En 2004, les autorités de l’Etat de Kano au Nigeria décident de suspendre les campagnes de vaccination. Un refus soit-disant motivé par la crainte que sous couvert d’action humanitaire, les Etats-Unis ne tentent d’inoculer aux Africains le virus du VIH/SIDA ou de les stériliser ! Et depuis le virus de la polio reprend ses aises. Voyageant tranquillement du Nigeria aux pays frontaliers, puis de l’Afrique jusqu’en Asie.

Le Dr David L. Heymann est le Représentant du Directeur général de l’OMS pour l’éradication de la poliomyélite. Il fait le point sur la situation. « Si la poliomyélite est sous contrôle dans presque tous les pays du monde, le Nigeria est de loin le pays avec le plus de cas. Plus de 300 enfants sont paralysés par ce virus. Il y a aussi des pays qui avaient éradiqué la maladie et qui sont de nouveau concernés ».

Il s’agit de l’Angola, du Burkina Faso, de la République Centrafricaine, du Cameroun, de la République de Côte d’Ivoire, de l’Erythrée, du Mali, du Népal, de la Somalie, du Soudan, du Tchad et du Yemen.

Ces pays vous paraissent lointains ? Détrompez-vous, nous sommes tous concernés. Doté d’un grand pouvoir infectieux, le virus de la poliomyélite ne connaît pas les frontières. Il peut réapparaître facilement dans un pays et s’étendre rapidement. C’est exactement ce qui s’est passé au Nigeria.

La vaccination : rempart indispensable

Les voyageurs qui se rendent dans les régions où le virus circule encore doivent donc être extrêmement vigilants. Les personnes qui viennent de régions où la polio est présente, et qui sont à jour de leurs vaccinations, ne courent pas de risque particulier. Mais celles et ceux qui viennent de pays aujourd’hui exempts de poliomyélite doivent se faire administrer une dose de vaccin polio oral, ce qu’on appelle un ‘booster’.

Et surtout vérifiez si vous êtes bien à jour de vos vaccinations. En France, l’immunisation contre la maladie est obligatoire. Ainsi 3 doses sont-elles recommandées à partir de 2 mois, avec au moins 1 mois d’intervalle entre chaque dose et un rappel avant 18 mois. Il est ensuite nécessaire de procéder à un rappel tous les 5 ans, puis tous les 10 ans après la 7ème dose. Pensez donc à faire le point avec votre médecin traitant.

La stratégie de l’OMS pour l’éradication de la polio est fondée sur quatre grands « outils » : · Vaccination orale systématique des nourrissons par administration de quatre doses successives de vaccin ; · Surveillance épidémiologique pour dépister et examiner chaque enfant paralysé. C’est le seul moyen de déterminer s’il s’agit réellement d’un cas de poliomyélite ; · Opérations de vaccination porte-à-porte, pour s’assurer que le vaccin parvient à chaque enfant et enfin · Organisation de Journées nationales de vaccination.

La disparition de la polio dégagerait des ressources nouvelles pour la santé. Au niveau mondial, les économies que la disparition de la polio permettrait de réaliser chaque année sont évaluées à un peu plus 1,5 milliards d’euros !

Ce serait aussi la fin de souffrances insupportables pour des milliers d’enfants. Car cette maladie provoque la destruction des cellules motrices du système nerveux central. Avec pour conséquences, soit des paralysies des membres, soit une atteinte respiratoire. Et parfois les deux en même temps ce qui la plupart du temps entraîne la mort par asphyxie.

« Aucune raison pour que la polio se perpétue dans le monde après l’année prochaine »

Mais aujourd’hui peut-on encore parler d’éradication ? Pour David Heymann, « Le monde est proche d’interrompre la transmission du virus polio. Dans tous les pays donc sauf le Nigeria. Mais il y a des signes positifs. Si nous avonçons comme c’est le cas actuellement, d’ici 12 mois le Nigeria pourrait être aussi débarrassé de polio. »

Un optimisme qui s’explique par la remarquable efficacité d’un nouveau vaccin, toujours administré par voie orale. Il semble selon l’OMS, qu’il « accélère la protection vis-à-vis de certains types de virus. Il aurait donc permis de mettre fin à la transmission de la maladie en Egypte et dans la plupart des régions de l’Inde. »

Le Comité consultatif mondial d’éradication de la poliomyélite a d’ailleurs souligné que « tous les outils étaient désormais en place pour en finir avec la polio, une fois pour toutes. Il n’ y a aucune raison pour que la polio se perpétue dans le monde après l’année prochaine ».

Les nombreux succès du passé leur donnent raison. Car depuis 1988, le nombre de cas de polio a littéralement fondu. Passant de 350 000 à moins de 1 345 cas cette année ! Dès 1994 les deux Amériques ont été reconnues exemptes de poliomyélite. Aujourd’hui la maladie a disparu de toute l’Europe. Il reste encore un peu de chemin à parcourir, mais s’arrêter en route risquerait une fois encore de ruiner tous les efforts accomplis !


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