Professions de santé : le « je t’aime, moi non plus » des Français
[mis à jour le 7 mars 2007 à 10h09]
Drôle de relation, que celle des Français avec les professionnels de santé. Ils aiment leur médecin, c’est sûr. Mais ils ne paraissent guère avoir de considération pour la profession médicale. Ils apprécient le conseil de leur pharmacien, mais les pharmaciens comme profession organisée leur renvoient l’image de commerçants « éclairés » certes, mais de commerçants tout de même... Quant à l’industrie pharmaceutique, c’est un lieu commun de dire qu’elle « fait trop de profits »...
Les Français n’éprouvent pas pour autant de la défiance vis-à-vis des professionnels de santé ! Car il est essentiel de distinguer le « vécu » de notre relation avec tel ou tel professionnel, de « l’image » que nous nous en faisons à distance. La troisième vague de l’Observatoire Europrisms Santé, réalisé par A+A et Destination Santé, s’est concentrée sur le regard que nous portons aux acteurs de la santé. Un regard flou : car selon que nous sommes malades ou bien-portants, selon notre âge et notre condition sociale, nous n’avons pas le même jugement.
S’il est un professionnel qui bénéficie d’une image extrêmement positive, c’est bien notre médecin. Mais le notre, pas celui du voisin ! Les Français sont en effet pratiquement unanimes à considérer les médecins comme des privilégiés, puisque 91% d’entre eux affirment « qu’en règle générale ils gagnent très bien leur vie ». Ce qui ne les empêche pas d’avoir, avec leur médecin personnel, une relation de « totale confiance ». Avec 89% d’opinions positives, c’est un véritable carton que bien des hommes politiques envieraient !
Médecins : une image brouillée
Mais cette belle confiance ne profite pas à la profession. Car la moitié des sondés estime que les médecins généralistes, pris dans leur ensemble, pêchent par leur communication. Si 76% des Français considèrent que leur médecin les conseille bien, si 80,7% estiment que leur médecin prend le temps de leur expliquer son diagnostic et sa prescription, plus de la moitié pensent que les médecins, en tant que profession organisée, n’expliquent pas suffisamment les risques d’une mauvaise hygiène de vie.
Pourquoi ? Peut-être parce que ceux qui ont la charge de représenter ces professionnels aux yeux du public lui renvoient une image différente de celle de leur médecin dans son cabinet : par la force des choses bien sûr ils parlent d’honoraires, de conditions et de temps de travail, pas de styles de vie... Résultat : pour 77% des Français « les médecins ont intérêt à ce qu’on aille souvent les voir... » Voilà un message sans ambiguïté à ceux qui représentent les médecins, dont l’image paraît brouillée par rapport à celle du bon docteur de la famille moyenne.
Le pharmacien lui, paraît mieux loti. Une très large majorité d’entre nous (79%), disent trouver toujours les conseils dont ils ont besoin quand ils se rendent à la pharmacie. Satisfaits de leur pharmacien, ils font preuve d’une fidélité quasi exemplaire, puisqu’à hauteur de 82%, ils n’aiment guère changer de pharmacie. Toutefois, pas question de lui laisser la bride sur le cou ! La substitution de génériques par le pharmacien n’est pas entrée dans les mœurs, 60% des Français assurant « ne pas aimer que le pharmacien change les produits (...) prescrits ».
Des médicaments trop chers ?
Si le pharmacien est le professionnel de santé qui nous dit quand prendre un médicament, combien de fois par jour et dans quelles conditions, il reste un commerçant. Et même pour 57% d’entre nous, un commerçant particulièrement avisé, « qui vend surtout les produits sur lesquels il gagne le mieux sa vie ». Il est humain, quoi...
Et pour le médicament - puisque nous parlons de pharmacie... - la France joue carrément au grand écart ! Pratiquement 9 Français sur 10 jugent le prix des médicaments « souvent anormalement élevé », et ils sont presque aussi nombreux (85%) à considérer que l’industrie pharmaceutique fait trop de profits. Des lieux communs dans l’air du temps ? Oui et non. Car ces chiffres, s’ils donnent l’impression d’un raz de marée, doivent être nuancés dans leur interprétation.
Hôpital : pagaille et inefficacité...
D’abord parce que très curieusement ( ?) ce sont les Français les mieux portant qui considèrent le plus mal l’industrie pharmaceutique. Cela étant, nos concitoyens sont parfaitement conscients des enjeux en cause. Ils sont une large majorité (95%) pour affirmer que sans la recherche beaucoup de médicaments n’auraient pas vu le jour. Et ils s’intéressent au sujet : 54% des sondés estiment que « l’industrie pharmaceutique devrait pouvoir communiquer directement avec les patients », seuls 21% se prononçant totalement contre cette possibilité.
Quant à l’hôpital, au centre de bien des querelles politiques depuis quelques années, c’est un peu... la bouteille à l’encre. Quarante sept pour cent des Français considèrent que « l’hôpital est mal organisé », et 71% qu’il représente « une des principales sources de dépenses de santé en France »... Ainsi l’hôpital public prend-il de plein fouet l’effet d’image - inefficace et désordonné - imputable au service public en général.
Mais lucides, les Français le sont jusqu’au bout. S’ils estiment ces dépenses justifiées, nos concitoyens ont bien compris aujourd’hui que le plateau technique compte plus, en matière de soins hospitaliers, que toute autre considération. Et - logique ou fatalisme ? - près de 60% d’entre eux considèrent qu’il ne faut pas non plus s’attendre à être mieux soigné dans le privé que dans le public.
Quand la maladie nous brouille le jugement...
C’est notre état de santé, et donc le vécu personnel que nous avons du système de soins, qui conditionnent la manière dont nous considérons ceux qui nous soignent... Au fil des questions et des semaines, les 5 types de Français déjà identifiés par la première vague de l’Observatoire Europrisms Santé prennent forme... Des plus révérencieux à l’égard des professionnels aux refusants qui ont un curieux rapport à la santé, vous les retrouvez tous ici. Vous allez certainement vous reconnaître...
- Les « homéopratiquants », c’est tout de même 14% de la population. Un courant quantifiable dans lequel on compte surtout des femmes. Capables de se soigner seules, elles ne sont guère empressées pour consulter le médecin. A leurs yeux, le pharmacien est un recours efficace. Elles lui sont fidèles et, comme les précautionneux, elles font confiance à l’hôpital. Car elles reconnaissent la qualité des soins qui y sont dispensés.
- Avec 17% de la population, les « résistants » sont surtout des hommes. Et bien souvent, ils souffrent d’une maladie au moins. Ils ont une vraie relation de confiance avec leur médecin. Comme les précautionneux et les homéopratiquants ils sont fidèles à leur pharmacien. En revanche, ils sont rétifs à la substitution des médicaments. Pour eux, les laboratoires pharmaceutiques ont une vocation sanitaire et sociale. Leur finalité, c’est de mettre au point des médicaments utiles. Un jugement que l’on retrouve, logiquement, chez les précautionneux.
- Les « précautionneux » donc, représentent 27% de la population. Il s’agit de Français âgés qui cumulent un nombre important de maladies. Ils se caractérisent par une révérence à la chose médicale qui confine à la sacralisation ! Ils font aveuglément confiance à leur médecin, à l’hôpital et aux médicaments. En revanche, ils sont opposés à la prescription de génériques. « Leur » médicament, c’est d’abord une marque et un laboratoire auquel ils accordent aussi leur confiance.
- Les « insouciants » (31%), sont plutôt en bonne santé. Et jeunes, ce qui peut aller de pair... Ils estiment que les médicaments devraient coûter moins cher et être vendus en grande surface. D’ailleurs pour eux, le pharmacien s’apparente davantage à un commerçant - certes éclairé... - qu’à un professionnel de santé au vrai sens du terme.
- Quant aux « refusants » (11% des Français), ce sont en majorité des 25/34 ans. Fumeurs et hédonistes, ils méprisent la médecine. Car ils se sentent en bonne santé ! Ils critiquent les médecins et à leurs yeux, les médicaments ne servent à rien. Carrément... En « bonne » logique, ils considèrent le pharmacien comme un « simple commerçant », selon leurs propres termes.
Notice technique Observatoire élaboré et mis en oeuvre par A+A et Destination Santé. Entretiens individuels d’une heure en face à face, du 1er au 10 juillet 2003 auprès de 1 025 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus (méthode des quotas).
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