Réduire d’un tiers les accidents cardio-vasculaires, c’est possible !
[mis à jour le 25 avril 2003 à 18h07]
Une étude originale, vraiment. Réalisée à la demande du National Health Service britannique, qui a d’ailleurs participé à son financement. L’objectif était d’évaluer la réalité du bénéfice apporté par la simvastatine, traitement hypocholestérolémiant de référence et aussi la première des statines mises au point. Plus de 20 000 patients recrutés dans 69 hôpitaux britanniques ont été suivis pendant plus de 5 ans, et comparés contre placebo.
La cohorte était exceptionnelle par sa taille, mais aussi par la variété des populations étudiées. Les investigateurs n’ont laissé personne dans l’ombre. Toutes les populations où ce type de traitement n’avait pratiquement jamais été évalué ont été étudiées : patients souffrant d’angine de poitrine, de diabète ou d’artérite, malades avec des antécédents d’accidents vasculaires cérébraux et même… des femmes, une population inexplicablement négligée depuis des années. Peut-être au motif qu’elles seraient protégées des maladies cardiovasculaires, au moins jusqu’à la ménopause ?
Quoi qu’il en soit les résultats sont éloquents : sur 5 ans par rapport au placebo, la baisse de mortalité a été estimée à 13% au total, et de 18% pour les décès par maladie coronaire. Par ailleurs, les auteurs ont observé une réduction de 25% du risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral et d’artérite des membres inférieurs.
Au CHU Henri Mondor de Créteil, près de Paris, le Pr Alain Castaigne affirme que « ces bénéfices concernent tous les types de sujets inclus dans l’étude, quels que soient leur sexe et leur âge (au-dessous de 80 ans), et quel que soit leur taux de cholestérol initial, même s’il est normal ou bas. Les résultats de cette étude élargissent considérablement les indications de la simvastatine. Elles s’étendent désormais aux sujets dont le cholestérol avant traitement est normal ou bas, qu’il s’agisse de non diabétiques ayant des antécédents cardiovasculaires ou de diabétiques sans antécédents cardio-vasculaires pour peu qu’ils présentent des facteurs de risque surajoutés : un âge supérieur à 65 ans, une hypertension artérielle, un tabagisme ou une insuffisance rénale. Soit pratiquement les trois-quarts des diabétiques ».
Grâce aux résultats de cette étude, de nombreux malades qui ne bénéficiaient d’aucun traitement faute d’indication vont désormais pouvoir être pris en charge. Ainsi les auteurs d’HPS évaluent-ils à environ un tiers la diminution du nombre d’accidents cardiovasculaires, mortels ou non, que l’on peut en attendre. A titre d’exemple, dans un pays comme la France nous enregistrons chaque année 150 000 accidents vasculaires cérébraux et plus de 120 000 accidents cardiovasculaires ! COMPRENDRE Le cholestérol, une cible privilégiée chez le diabétique
Le diabète est un grand pourvoyeur de maladies cardiovasculaires : infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux, artérite des jambes. Et cela même si les malades ont un taux de cholestérol considéré comme normal. Comme le souligne le Pr Bernard Charbonnel de Nantes, qui préside l’association de langue française pour l’étude du diabète et des maladies métaboliques (ALFEDIAM), « plus de la moitié des diabétiques meurent d’une atteinte cardiovasculaire. Pourtant, la relation entre le diabète et les risques cardiovasculaires est moins bien établie dans l’esprit du public, que celle existant entre cholestérol ou hypertension d’une part, et maladies cardiaques d’autre part ».
Une situation qui l’inquiète. Car « le diabète multiplie par 5 le risque inhérent à chaque autre facteur de risque ! » La prévention de ces maladies cardio-vasculaires passe bien sûr par un traitement rigoureux du diabète, une diététique et une hygiène de vie appropriées. Mais ces mesures classiques, même rigoureusement respectées, ne suffisent pas.
Les résultats obtenus dans le cadre de l’étude HPS, que nous venons d’évoquer, bouleversent également les données de la science concernant les diabétiques. Ce travail montre en effet que la simvastatine, administrée en prévention pendant 5 ans, réduit de… 25% le risque cardio-vasculaire des diabétiques ! C’est une révolution, comme le souligne Bernard Charbonnel. D’autant plus que « ces bénéfices sont indépendants du taux initial, s’observant même chez les sujets dont le taux de cholestérol est normal ou bas. » Autant d’infarctus évités et de vies sauvées...
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