Santé, mon cher amour...
[mis à jour le 7 mars 2007 à 10h06]
Attachés à leur système de protection sanitaire et sociale, les Français sont prêts à en payer le prix. Est-ce vraiment une surprise ? La stricte analyse voudrait que non. Néanmoins, le ’politiquement correct’ qui avait cours depuis que le « trou de la Sécu » existe plaidait une logique inverse... Cette première vague de l’étude Europrisms Santé, réalisée par A+A et Destination Santé, sera présentée ce mardi à l’occasion de la remise officielle des Prix Médec dans les salons du Sénat, à Paris.
Vous la découvrez en avant-première, en collaboration avec nos journaux partenaires dans la presse quotidienne régionale, et Le Figaro Magazine. Cette étude va bouleverser quelques idées reçues. Les Français sont bien protégés du risque maladie, puisque 91% d’entre eux bénéficient du régime de base et d’une complémentaire. Ils s’estiment bien remboursés de leurs dépenses et ils considèrent ne pas pouvoir dépenser moins. Mais surtout, et cela c’est nouveau, ils sont prêts à payer plus pour le maintien de leur couverture...
Alors que Jean-François Mattei entame le marathon de la réforme de l’assurance maladie et même si le mot n’est officiellement pas de mise, voilà qui apporte aux acteurs du système des informations qui leur seront bien utiles. Certes, nul ou presque n’ignorait que notre système est le plus protecteur au monde. La sécurité pour tous n’est plus un slogan mais bien une réalité, puisque si 9% d’entre nous ne sont couverts que par le régime général de l’assurance maladie, 91% des Français bénéficient d’une assurance complémentaire :
- Un régime de groupe (généralement souscrit par l’entreprise) pour 34% d’entre eux. Cotisation indolore, inapparente et totalement dématérialisée puisque retenue à la source par l’entreprise, qui en acquitte elle-même une part majeure. Ces privilégiés sont le plus souvent des cadres moyens ou supérieurs, très satisfaits de leur sort sauf pour les prothèses dentaires, les lunettes et certains contraceptifs ;
- Dans 57% des cas, un régime volontaire dont la charge incombe à 100% aux assurés. Ce qualificatif de ’volontaire’ est d’ailleurs relativement abusif : beaucoup de ces assurés se sont résolus à cette couverture parce qu’elle est obligatoire. C’est le cas des étudiants. Certains malades chroniques, des personnes âgées dans 68% des cas - ont souscrit pour couvrir des dépenses élevées. Ils représentent 24% des foyers, tandis que 13% ont souscrit pour couvrir les dépenses des enfants. Il s’agit alors d’actifs plutôt sur le bas de l’échelle sociale. Exclus des contrats de groupe parce qu’ils ne sont pas cadres par exemple, ils s’assurent par précaution.
Très satisfaits...
Volontaires ou non, tous ces assurés présentent un niveau de satisfaction très élevé. Seuls 14% des Français s’estiment « mal » ou « très mal » remboursés de leurs dépenses. Même ceux qui bénéficient du seul régime de base se déclarent majoritairement satisfaits. Les avis divergent naturellement selon la nature des dépenses : quatre postes sont jugés insuffisants, parmi lesquels certains médicaments non pris en charge par la sécurité sociale et, nul n’en sera surpris, les prothèses dentaires et frais d’optique.
Très bien protégés, les Français voient ainsi leurs dépenses de santé s’inscrire dans un univers abstrait, qu’ils maîtrisent mal. Cette « dématérialisation » des règlements et/ou des remboursements nuit à une juste appréciation de la consommation de soins. Pas de surprise : dans presque 80% des cas nous estimons que notre médecin ne prescrit pas trop de médicaments et surtout, dans 2 cas sur 3 nous pensons que nous ne pourrions pas diminuer nos dépenses de santé.
...mais décidés à ne pas réduire notre train de vie !
Alors oui nous sommes gâtés par la vie mais non, nous ne voulons pas que cela change. La réponse est sans ambages, les Français tiennent à leur système de protection (tableau 4). Particulièrement pour ce qui concerne leurs médicaments, puisque une minorité seulement est prête à supporter une baisse des remboursements. Inversement, ils sont plus de 70% à se déclarer prêts à payer plus pour conserver leur niveau de protection !
Et si nous sommes favorables au développement des médicaments génériques - 77% d’opinions positives - pas question de toucher au grisbi. Confrontés à un déremboursement de force, nos concitoyens ne s’en laisseront pas compter (tableau 5). Dans plus de 90% des cas ils contourneront l’obstacle mis en place par l’autorité. Sacrée Gaule !
La paix sociale au prix du maintien du confort social
Les responsables politiques se trouvent confrontés à ce qu’Alain Collomb et Serge Andrieu, responsables de ce travail chez A+A, appellent « une logique molle » ! Celle-ci est fondée sur une approche « très individualiste qui laisse aux pouvoirs publics une grande marge de manoeuvre... sauf à détruire brutalement un confort social que peu (de Français) sont prêts à remettre en question. »
En d’autres termes, nos gouvernants se trouveraient dans une situation paradoxale. Imprégnés d’une certaine culture du droit à la santé, nos concitoyens seraient disposés à en assumer le prix. L’erreur serait de leur imposer un choix conforme à une certaine vision de la raison d’état mais... contraire à leurs attentes, en plaçant sur la route des soins telle ou telle barrière qu’ils jugeraient insupportable ou simplement inacceptable...
Gallus medicus ou... petite typologie du Français face à sa santé
Content de son système de protection sociale, très attaché à sa pérennité, le Français reste néanmoins très fidèle à sa tradition gauloise. Férocement individualiste et adepte d’une logique très particulière - la fameuse ’logique molle’ selon laquelle moins on est conscient de ses dépenses et moins celles-ci paraissent susceptibles d’être réduites...- l’assuré moyen se reconnaît en cinq sous-espèces bien différentes. Où allez-vous vous retrouver ?
- Les ’homéopratiquantes’ (surtout des femmes, vous avez compris) regroupent 14% de la population. Conformes à la population générale à l’exception des 18/24 ans qui sont sous représentées, un seul enfant, elles assurent avoir davantage peur de la maladie que de la mort. Plutôt adeptes de la prévention, elles pratiquent une automédication de confort et d’anticipation avec de l’homéopathie. Malgré tout elles sont 77% à estimer que certains médicaments peuvent suppléer une hygiène de vie trop stricte. Dans la population générale, cette approche ne rassemble que 43% du public...
- Avec 17% de la population, les ‘résistants’ sont surtout des hommes. Pas commodes, les lascars ! Pour eux, ’les maladies c’est l’affaire exclusive de mon médecin. Les bobos, ça passera’. Ils oublient du coup, que vient tout de même un moment où la consultation d’un professionnel s’impose. Ils ont ainsi une grosse tendance à reculer ce moment jusqu’à la dernière minute. Ce qui n’exclut pas une certaine prudence. Leur bilan sanguin est récent, et ils sont très respectueux des prescriptions du médecin ! Peu regardants sur le plan de l’hygiène alimentaire, ils ne fréquentent pas pour autant les fast-foods. Prudents, décidément...
- Les ’précautionneux’ représentent 27% de la population. Hommes et femmes mêlés, cet échantillon un peu plus âgé (32% de 65 ans et plus) prend soin de sa santé. Bilan sanguin récent, visites chez le médecin très fréquentes, ils cumulent des maladies chroniques et/ou sévères et sont très observants pour les prescriptions et l’hygiène de vie. Pas d’automédication, mieux vaut une visite inutile qu’un malaise qui persiste ! Le médecin fait partie de la famille - normal, on le voit si souvent...- et surtout il est le garant du confort de vie voire de fin de vie. Pour ceux-là, pas de génériques. La « marque » rassure, elle est le contrefort de l’efficacité.
- Les ’insouciants’ représentent 31% de la population. Hédonistes, nomades et non observants, ils comportent bon nombre de 18/24 ans, des actifs de 25 à 45 ans et, parmi eux, des cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures avec un enfant à charge ou plus. Pour eux le médicament est un produit utile mais dangereux ! Le médecin est un... prestataire de service, on peut donc en changer quand il ne convient pas. Ces Français, qui ne sont décidément pas un cadeau, sont en bonne santé mais sans plus : leur bilan sanguin a moins d’un an mais quand on leur parle d’hygiène de vie, ils ont l’observance sélective’ D’ailleurs ils fument pas mal (même s’ils aimeraient bien s’arrêter), ils boivent régulièrement et mangent couramment dans les fast-foods. Pas très regardants sur l’hygiène alimentaire, ils grignotent entre les repas mais ils savent être raisonnables... quand ça les arrange. Pour eux, les médicaments devraient être moins chers, et vendus dans les grandes surfaces !
- Enfin les ’refusants’ sont hédonistes, jouisseurs ou épicuriens. Fumeurs voire gros fumeurs, ils pratiquent l’automédication et consultent peu. Avec 11% de la population, ils rassemblent beaucoup de 25-34 ans (27,4%) et d’ouvriers dont 21% avec un seul enfant à charge. Comme ils sont jeunes, ils vont bien, CQFD ! Ils sont même dans une bonne santé éclatante et se considèrent comme inoxydables. Nomades et insouciants, adeptes de la mal bouffe, ils considèrent que ’la médecine c’est du marketing’. Et naturellement, ils considèrent que tous les médicaments devraient être des génériques !
Vous ne vous êtes retrouvé(e) dans aucun de ces portraits ? C’est naturel, puisque notre diversité gauloise fait de chacun de nous un ensemble inimitable ! Soyons sérieux : tous ces portraits s’interpénètrent entre eux, et chacun de nous peut se reconnaître ’quelque part’ à la frontière entre deux types - voire plus - de ces Français emblématiques. Le fond de carte ci-contre vous permettra peut-être de mieux vous situer. Et surtout dans les mois qui viennent, au fil des publications de cette étude qui prend en compte une multitude de comportements sociaux, vous trouverez peut-être une réponse à certaines de vos questions : pourquoi nous fumons ou pas, comment nous nous impliquons ou non dans une démarche de prévention, pourquoi certains ont peur d’un examen de dépistage... A bientôt donc, pour les prochaines éditions de l’observatoire Europrisms Santé A+A/Destination Santé.
Pour découvrir en détail les résultats d’Europrisms Santé, cliquez ici.
Et retrouvez dès aujourd’hui, Europrisms Santé dans L’Alsace, le Figaro Magazine, le Courrier Français (Gironde, Dordogne, Pyrénées-Atlantiques, Lot-et-Garonne, Landes, Haute-Vienne et Creuse, Touraine, Berry et Tarn-et-Garonne), Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, l’Echo de l’Ouest, La Renaissance du Loir-et-Cher, La Dépêche du Midi, La Provence, La Presse de la Manche, Paris Normandie, le Courrier de l’Ouest, le Maine Libre, Vendée Matin, L’Eclair, Nice Matin, Var Matin, Corse Matin, La Voix du Nord et Presse-Océan.
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