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10 février 2012


Séquelles psychologiques : le long tunnel des traumatisés…

[20 septembre 2002 - 00h00]
[mis à jour le 18 septembre 2006 à 11h48]

Henri Roussel est médecin conseil à la Caisse régionale d’assurance maladie. Avec son équipe il a réalisé trois études successives de la consommation médicamenteuse remboursée aux assurés du régime général, qui représentent 63,9% de la population de Haute-Garonne.

Les chiffres sont clairs : 3 545 personnes qui ne prenaient aucun psychotrope avant la catastrophe y avaient recours 6 semaines après ! Ces victimes de ce que les spécialistes appellent un « stress aigu » ne représentant que les assurés au régime général, leur nombre réel dépasserait en fait 5 500 personnes. Un sur cinq a pris des antidépresseurs, l’état des autres nécessitant des anxiolytiques (calmants), des hypnotiques (somnifères)… ou les deux associés.

Les jeunes de 15 à 19 ans semblent avoir été particulièrement touchés. Dans cette tranche d’âges la consommation de psychotropes a doublé, contre une augmentation de 70% chez les femmes de 20 à 49 ans.

A 6 mois, Henri Roussel est inquiet du profil adopté par le recours aux anxiolytiques et hypnotiques. « Ces médicaments sont faits pour être administrés sur une courte période. Quand on les donne trop longtemps un phénomène de dépendance se développe et il touche ici 340 patients… » A une telle distance de l’événement, il ne parle évidemment plus de stress aigu. Ni même de la « période de latence » qui concerne les patients toujours sous le choc 3 à 6 mois après le traumatisme. Au-delà, on entre dans le domaine du « syndrome de stress post-traumatique (TSPT) qui est un état chronique. Les sujets atteints sont très exposés à la dépression. Le traitement, c’est donc l’antidépresseur. »

Le TSPT regroupe un ensemble de symptômes fréquemment observés à la suite de catastrophes naturelles, d’attentats ou de prises d’otages. Les victimes sont généralement choquées par l’imprévisibilité, l’intensité et l’horreur des évènements. En temps de guerre, il affecterait jusqu’à 7% des civils. Plusieurs études ont montré que 20% des blessés de la guerre du Vietnam en étaient également atteints, comme 50% des prisonniers de guerre et plus de 75% des victimes de viol...

Les patients éprouvent d’abord l’impression continuelle de revivre l’évènement. Souvenirs répétitifs, cauchemars, état d’hyper-vigilance maintenant le sujet en alerte permanente, accès de colère, troubles de la concentration, idées suicidaires... Autant de symptômes susceptibles d’induire un état dépressif. Un soutien psychologique à long terme est alors indispensable...

Etudié depuis plusieurs dizaines d’années, le syndrome n’est individualisé que depuis le début des années 80. Décrits alors par l’American Psychiatric Association, les TSPT attendront 1992 pour être élevés au rang de maladie par l’OMS. C’est un état clinique préoccupant car il est durable, avec des répercussions lourdes à distance. Or il est bien difficile de définir le nombre de personnes qui, aujourd’hui, souffrent de ce syndrome dans la région.

Une enquête épidémiologique lancée récemment par l’Institut de Veille sanitaire (InVS) sur plus de 50 000 personnes devrait fournir des chiffres précis, mais pas avant le printemps 2003. « A l’heure actuelle poursuit Henri Roussel, tout ce que je peux dire, c’est que par rapport à une période normale, 824 patients supplémentaires étaient encore sous antidépresseur, six mois après la catastrophe. »

Source : OMS, 25 août 2006

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