Tuberculose, la maladie oubliée
[mis à jour le 9 août 2007 à 16h49]
La tuberculose nous concerne tous ! Car elle provoque près de 2 millions de morts chaque année dans le monde. Parmi ces derniers, plus de 120 000 enfants. Cette maladie « du passé », comme on le croit trop souvent, est loin d’être passée justement. Pire, elle est en pleine expansion ! Raison pour laquelle le 24 mars marque une fois encore la Journée mondiale contre la tuberculose.
Aujourd’hui, plus de 20 millions de femmes, d’hommes et d’enfants sont infectés. Et 8 millions de nouveaux cas sont recensés tous les ans. En première ligne, les 15/45 ans. Autrement dit les forces vives des sociétés concernées. Un constat ahurissant, quand l’on sait que la tuberculose n’a rien d’une fatalité. Elle se soigne même très bien, depuis très longtemps et pour un prix très bas. Moins de 8 euros pour un traitement complet...
Dès 1882 en effet, l’Allemand Koch découvrait le germe de la maladie, le bacille qui depuis porte son nom. Les premiers médicaments efficaces, les antibiotiques, sont apparus dès 1944. Et plus de 60 ans plus tard, la tuberculose est toujours là. Elle tue inlassablement femmes, enfants… des familles entières parfois. Cinq mille personnes en meurent chaque jour. Soit plus de trois par minute...
Marcos Espinal est responsable de Stop TB Partnership, une coalition mondiale de partenaires engagés au sein de l’OMS, pour l’éradication de la maladie dans le monde. Qu’il s’agisse d’Etats, d’associations, d’ONG, de fondations ou d’entreprises, ces partenaires sont aujourd’hui plus de 300. « Les gens pensent que c’est une maladie des pauvres. C’est principalement une maladie des pauvres mais c’est aussi une maladie qui peut affecter n’importe qui car la tuberculose peut se transmettre dans l’avion ».
En effet la tuberculose, c’est d’abord la maladie des pauvres. Elle frappe les pays les moins favorisés. Elle représente même un obstacle majeur à leur développement. Nous y reviendrons plus loin.
Toutefois, à l’heure de la mondialisation et de la multiplication des échanges, la tuberculose menace aussi bien les pays riches que les pays en développement. Pour reprendre l’exemple de Marcos Espinal, un tuberculeux passager d’un avion peut en quelques heures, infecter plusieurs passagers. Mais ce n’est pas toujours le cas, tant s’en faut. Car cette transmission n’est pas systématique.
Soyons clair, personne n’est à l’abri ! Que vous soyez au Maroc, au Pakistan, en Chine, en Espagne ou aux Etats-Unis vous êtes exposé. En France par exemple, plus de 8900 cas de tuberculose ont été recensés en 2000. Même situation en Allemagne où les chiffres avoisineraient les 9000. Mais quelle est donc cette maladie ? Comment la contracte-t-on ? Quels en sont les signes ? Petit tour d’horizon.
Elevée par l’OMS au rang d’urgence mondiale en 1993, la tuberculose est aujourd’hui avec le paludisme et le SIDA l’une des trois maladies infectieuses qui font le plus de victimes dans le monde.
L’arme du crime ? Le bacille tuberculeux, une bactérie connue sous le nom savant de mycobacterium tuberculosis. Il se loge le plus souvent dans les poumons, mais peut également s’installer dans différentes parties de l’organisme comme les ganglions, les reins, la peau, les os ou l’appareil génital.
La contamination se produit uniquement par voie aérienne. Comme pour un simple rhume. En parlant, en toussant ou en crachant, la personne atteinte de tuberculose émet des bacilles qui se répandent dans l’air ambiant, portés par des micro gouttelettes de salive notamment. L’infection se fait donc, simplement, par inhalation. Et ça va très vite ! Si le malade n’est pas pris en charge, il peut à son tour infecter 10 à 15 personnes en moins d’une année.
Résultat, à chaque seconde dans le monde une nouvelle personne contracte la maladie. Mais comment savoir si l’état de faiblesse général qui s’ensuit est-il bien provoqué par la tuberculose ?
Plusieurs signes doivent vous alerter. Car il faut être très vigilant, surtout si vous avez été en contact avec un malade. Les symptômes les plus courants sont une diminution de l’appétit qui se prolonge dans le temps, une perte de poids assez brutale, une perte de tonus, de la fièvre, des suées nocturnes sans raison apparente (c’est-à-dire en l’absence de chaleur excessive), une douleur dans la poitrine...
En fait ces signes peuvent parfois être confondus avec ceux d’autres maladies. On pense notamment à un état grippal. C’est là le danger…
Une petite toux qui dure plus de 3 semaines, par exemple, n’est pas anodine. Vous devez vous faire ausculter par un médecin. Et si vous trouvez du sang dans vos crachats, agissez immédiatement. Il y a urgence. Cela signifie en effet, que le bacille tuberculeux s’attaque vos poumons.
Au moindre doute, n’hésitez surtout pas à consulter un médecin. Plus la maladie sera dépistée tôt, plus la guérison sera rapide.
Un fléau mondial
On parle souvent de la tuberculose comme d’une maladie quasiment disparue de la surface du Globe. Eh bien, pas du tout ! Bien au contraire, elle représente toujours le quotidien de millions d’entre nous.
Et il existe un lien très étroit entre cette maladie et la pauvreté. Les plus démunis sont en effet plus exposés à la tuberculose, qui frappe dans les situations de surpeuplement, d’aération insuffisante et de malnutrition. En conséquence, la mauvaise santé aggrave la pauvreté...
Comme nous l’explique Marcos Espinal, « La tuberculose est omniprésente sur plusieurs continents à travers le monde. Mais dans certaines régions le problème se pose de manière beaucoup plus urgente. Comme le Sud Est asiatique par exemple, récemment frappé par le Tsunami. Ou encore en Afrique subsaharienne où la tuberculose est étroitement liée à l’épidémie de VIH/SIDA ».
En effet, les zones les plus atteintes sont l’Asie et l’Afrique, déjà durement frappées par le SIDA. Et ce n’est pas un hasard. L’infection par le VIH est en effet une cause majeure de l’augmentation du nombre de tuberculeux dans le monde.
Comme il déprime les défenses immunitaires, le VIH multiplie par trente le risque, pour une personne, de développer la tuberculose après un contact avec le bacille tuberculeux. Voilà pourquoi la tuberculose est la première cause de mortalité parmi les personnes infectées par le VIH. Elle est en effet responsable d’une mort sur trois parmi ces dernières. Les spécialistes de l’OMS estiment ainsi que la pandémie de SIDA aurait augmenté d’environ 15% le nombre de cas de tuberculose dans le monde...
Résultat, vingt-deux pays sont aujourd’hui confrontés à une véritable explosion du nombre de cas de tuberculose. Ils sont situés pour l’essentiel en Afrique subsaharienne, en Asie et dans la zone pacifique. Mais le Brésil en fait également partie.
A eux seuls ces Etats concentrent 80% des cas de tuberculose dans le monde ! Mais attention, même s’ils ne comptent pas parmi les plus durement touchés de la planète, les pays européens sont aussi concernés. Entre 1995 et 2000, le nombre de cas de tuberculose en Europe est ainsi passé de 280 000 à presque 370 000. Soit plus 32% en 5 ans !
D’après les données de l’OMS, Paris comptait en 2000 plus de 4 900 tuberculeux. Bien plus encore que New York avec ses quelque 1 200 malades ! Mais c’est en Europe centrale et orientale que la situation est la plus préoccupante. Au sein de la Fédération de Russie par exemple, les spécialistes estiment que près de 130 000 personnes contractent la maladie chaque année.
Autre symbole de la montée en puissance de la tuberculose en Europe : les prisons. Sachez que la prévalence y serait en moyenne 100 fois plus élevée que dans le reste de la société. En clair, les prisons servent de réservoir à la tuberculose et diffusent la maladie au reste de la population.
Une situation inadmissible selon Marcos Espinal. L’OMS et ses partenaires s’attachent à y remédier dans les plus brefs délais. D’ici fin 2005, l’objectif est de traiter 85% des tuberculeux dans le monde !
L’éradication de la tuberculose est possible !
Aujourd’hui, un effort mondial doit être entrepris pour mettre un terme à la propagation de la tuberculose. Beaucoup moins médiatisée que le SIDA, la maladie est trop souvent « l’oubliée » des campagnes de sensibilisation et de prévention. Et ce alors même qu’il existe un plan d’action peu coûteux, efficace et très simple à mettre en pratique. Son nom de code ? DOTS, pour « traitement de courte durée en supervision directe ».
Cette stratégie en forme de feuille de route a été élaborée par l’Organisation mondiale de la Santé en 1993. Très concrète, elle repose sur cinq étapes :
- D’abord, la sensibilisation des pouvoirs publics locaux ;
- Puis l’assurance du diagnostic par un examen bactériologique de qualité ;
- Le traitement doit naturellement être supervisé par un professionnel spécialement formé ;
- La chaîne d’approvisionnement en médicaments antituberculeux de qualité doit être assurée pour tous les pays sans rupture de stock ;
- Et un système standardisé d’enregistrement et de déclaration des cas assure enfin la qualité du suivi.
Non seulement elle permet de soigner des millions de malades, mais elle empêche aussi l’apparition de résistance aux traitements, un réel danger. Au Pérou par exemple, le programme a permis en 10 ans d’éviter 70% des décès chez les tuberculeux. En Chine, les chiffres sont tout aussi encourageants.
Mais c’est surtout une vraie volonté politique qui fait défaut. Et par-là même les moyens financiers ! D’où l’importance de la Journée mondiale du 24 mars. L’objectif affiché, c’est de sensibiliser la communauté internationale sur la misère engendrée par la tuberculose, et surtout de mettre le doigt sur le fait que son éradication est à portée de main. Un point essentiel !
Sans une telle mobilisation, le monde vivra des décennies encore avec la tuberculose. Et les pays en développement continueront de souffrir. Oui, de souffrir. Car pour la plupart des pays concernés, la tuberculose a un coût économique et social énorme. Elle est extrêmement invalidante et met les parents atteints dans l’incapacité par exemple, de s’occuper de leurs enfants, de leur famille ou de travailler.
Si nous n’intensifions pas maintenant notre effort, nous risquons très vite de voir réduits à néant tous les résultats obtenus depuis des années en matière de santé publique et de développement.
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